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1er juillet 2016 : la vraie-fausse fin des sacs plastiques

Depuis le 1er juillet 2016, les sacs plastiques à usage unique ne sont plus distribués aux caisses de nos magasins. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura plus de sac plastique, ni de sac à usage unique. Un décryptage s’impose …

poubelle plastique

© Pixabay

Deux bonnes nouvelles ont accompagné l’été concernant les plastiques : alors que Boyan Slat, avec The Ocean Clean Up, déployait avec succès son prototype de barrière flottante en mer du Nord afin d’y collecter les déchets plastiques, en France et au Maroc, les sacs en plastiques légers à usage unique cessaient d’être distribués en caisse.

 

La « loi de transition énergétique pour une croissance verte », si longuement discutée, enfin votée en août 2015, et après un nouveau décret concernant les sacs de caisse en mars 2016 est entrée en application le 1er juillet 2016.

C’est un début, mais comme souvent, elle mériterait d’être affinée et de prendre en compte l’ensemble des facteurs environnementaux.

 

Une mesure de transition qui entraine la confusion

Ce qu’elle interdit :

  • l’utilisation des sacs plastiques à usage unique légers (d’une épaisseur inférieure à 50 microns : vous savez, ceux qui s’envolent au moindre coup de vent et se retrouvent dans les arbres, les haies, les mers !) aux caisses de tous commerces (marchés inclus).
  • l’utilisation des sacs oxo-fragmentables, souvent présentés à tort comme biodégradables : très légers, ils se désagrègent rapidement mais se dispersent dans nos sols et nos océans en micro-particules de plastiques à peine visibles et très nocives pour les organismes vivants.
  • à partir du 1er janvier 2017, cette interdiction concernera également l’emballage plastique des fruits et légumes ou produits en vrac.

 

Ce qu’elle autorise et les problèmes qui restent posés :

  • les sacs en plastique épais réutilisables d’une épaisseur de plus de 50 microns, à condition qu’une mention écrite précise qu’ils sont réutilisables et ne doivent pas être jetés dans la nature :
    • ils sont en vente aux caisses des supermarchés pour le plus grand bonheur des français qui, en général, oublient de se munir de ceux qu’ils ont achetés précédemment. On en produit donc de plus en plus, à grands renforts de pétrole, qui compose le polyéthylène. Usés, ils peuvent être remplacés gratuitement auprès de la plupart des enseignes de supermarchés. Oubliés en pleine nature, ils créent les ravages que vous connaissez, notamment sur la faune marine.

OK Compost Home

  • les sacs à usage unique compostables en compostage domestique labellisés « OK Compost Home » et constitués de matières biosourcées :
    • une belle initiative, ces sacs compostables, mais réservée aux personnes qui ont la possibilité de composter leurs végétaux chez eux ou aux habitants des communes assurant la collecte de ce compost, ce qui est loin d’être la norme. Pour les autres, sachez que les sacs compostables ne sont pas recyclables et devront donc être jetés avec le tout-venant. L’ensemble de la chaîne de valorisation de ces déchets n’est donc pas encore optimale.
    • La loi de transition énergétique prévoit que leur teneur en matières biosourcées augmente de façon progressive, pour atteindre 60% en 2025. Ces matières sont l’amidon de maïs ou la fécule de pomme de terre. Produites à l’origine pour l’alimentation animale, on peut craindre que ce nouveau marché favorise le développement de productions OGM et le renfort de pesticides. On ne voit d’ailleurs pas dans la loi d’obligation concernant l’importation ou la production de ces ressources agricoles, également très consommatrices d’énergies fossiles, pour ses machines et le transport.
    • NB : attention au terme biodégradable ! Un sac se dégrade sous certaines conditions (de températures par exemple) pas toujours présentes dans la nature, notamment dans l’océan. Sa production n’est pas sans conséquences environnementales (acidité et eutrophisation de l’eau). Sa dégradation peut durer très, très longtemps et peut dégager des éléments toxiques ou acides.

En décembre 2013, l’Ademe ne disposait d’aucune étude permettant de comparer les impacts sur l’environnement des plastiques biodégradables et des plastiques traditionnels, mais affirmait :

(…) la priorité doit être avant tout de réduire l’usage de sacs jetables en favorisant l’utilisation de sacs réutilisables. Les études comparant les analyses de cycle de vie des sacs de caisse montrent que le sac réutilisable présente le meilleur bilan environnemental et ce quel qu soit le matériau constitutif du sac plastique, papier ou matériau biodégradable.

Le PNUE, dans son rapport du 23 mai 2016 (Programme des Nations unies pour l’environnement) restait très réservé sur l’utilisation de ces bioplastiques :

Journal de l’environnement :  Les bioplastiques, une fausse bonne solution, article du 24 mai 2016

Plutôt que de choisir des plastiques biodégradables, le rapport du Pnue préconise d’améliorer la collecte et le recyclage des plastiques, en particulier dans les pays en développement. «Il faut clairement faire évoluer la production des plastiques vers une économie circulaire», concluent les auteurs du rapport.

 

  • Enfin, sont autorisés les sacs composés de toute autre matière que le plastique :
    • le sac en papier : il se décompose bien dans l’environnement, mais nécessite beaucoup d’énergie et d’eau pour être produit. Il faudra le réutiliser au moins trois fois pour compenser son impact environnemental.
    • le sac en tissus : on l’oublie moins dans la nature, peut-être parce qu’il a une valeur plus « sentimentale », mais sa production nécessite beaucoup d’énergie (la production de coton, son transport, sa transformation). Il faudra l’utiliser jusqu’à 173 fois pour arriver à un écobilan satisfaisant (Dossier de l’Arehn, source DEFRA ministère de l’environnement britannique).

Les alternatives au sac à usage unique

Finalement, le meilleur sac, quelle que soit sa matière, c’est celui qu’on ne produit pas, et  celui qu’on ne jette pas dans la nature.

Lorsque l’on fait ses courses au marché ou ailleurs, on pense à réutiliser son gros cabas, dans lequel on met le sac à pain, et la boîte à œufs conservés précédemment, et pourquoi pas ses propres boîtes (en verre de préférence) pour les produits plus humides.

On peut aussi s’inspirer de nos voisins allemands, qui ont pris l’habitude de disposer des sacs réutilisables à tous les recoins de leur quotidien (dans la voiture, dans les manteaux, dans les sacs, les sacoches de vélo). Une petite course imprévue ? et hop ! au fond de la poche de mon imper, mon petit sac replié !

Et pourquoi pas un petit atelier de furoshiki ? Fabriquez-les avec de vieux tissus, ou offrez des tote bags à tous vos amis, ils ne pourront plus les oublier !

 

[Voir nos précédents articles :]

> The projet Ocean Cleanup : le grand nettoyage des océans avance doucement, mais sûrement

> Pourquoi il est nécessaire de supprimer les sacs plastiques

Sources:

> Article 75 de la « loi n°2°15-992 du 17 août 2015 relative à  la transition énergétique pour une croissance verte

> POSITIVR : Nettoyage des Océans : le projet de Boyan Slat se concrétise

> France Info : Au maroc aussi les sacs plastiques sont désormais interdits

> Journal de l’environnement du 24 mai 2016 : les bioplastiques, une « fausse bonne solution » 

> Fiche technique de l’Ademe sur les plastiques biodégradables, décembre 2013

> Zéro Déchet Roubaix : La fin des sacs plastiques : on vous explique

> France Inter, émission Un Jour en France du 5 mai 2016

> theconversation.com, article du 30 juin 2016 : La fin des sacs plastiques en caisse… et de l’illusion du biodégradable

> Dossier de l’Arehn sur les sacs plastiques mis à jour en juillet 2014

> ecoconso.be : le furoshiki, emballage cadeau chic et réutilisable !


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