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Auchan, un cas d’école dans la lutte contre les conditions de travail désastreuses de l’industrie du textile

Auchan pourrait être la première grande marque européenne à être épinglée pour tromperie mensongère à l’égard de ses consommateurs sur les conditions de travail que le groupe impose aux ouvrières et ouvriers du textile au Bangladesh.

Auchan accusé de publicités mensongères pour le non-respect de ses engagements éthiques dans l’industrie textile au Bangladesh

Trois associations Sherpa, Peuples Solidaires et le collectif Éthique sur l’étiquette, portent plainte en 2014 contre le groupe Auchan pour ne pas respecter ses engagements éthiques dans l’industrie du textile et de tromper ses consommateurs avec des publicités mensongères. La plainte est classée sans suite en mai 2015 et en juin de la même année, les trois associations se portent partie civile.

 

Si les associations ne s’attaquent pas directement aux responsabilités du groupe Auchan sur le non-respect des droits de l’homme dans sa chaîne de production, c’est qu’aucune loi en France ne le permet encore. Le seul recours des associations est de poursuivre Auchan pour publicité mensongère, considérée par la loi française comme un délit d’escroquerie.

 

Au-delà des conditions désastreuses dans lesquelles travaillent les ouvrières du textile au Bangladesh, Auchan est mis aussi face à sa responsabilité de faire travailler de manière massive les enfants.

 

Auchan se défend sur le net en stipulant que le groupe n’a aucun lien avec l’accident
du Rana Plaza :

« Nous n’avons jamais passé de commandes à une entreprise travaillant sur ce site ».

Pourtant des étiquettes de pantalon de la marque Inexenso d’Auchan, fabriqués par son fournisseur Phantom, ont tété retrouvées dans les décombres.

 

Auchan :

« Auchan a bien entendu été bouleversé par cette catastrophe. C’est pourquoi Auchan est, à notre connaissance, l’entreprise française qui a pris le plus de mesures concrètes pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers du Bangladesh. Ces mesures se situent dans la lignée de la politique initiée depuis près de 20 ans par Auchan pour accompagner ses fournisseurs dans une démarche de production responsable et respectueuse des personnes ».

 

L’association Sherpa, qui a mené une enquête jusqu’au Bangladesh, a réuni plusieurs preuves impliquant Auchan :

  • « les conditions de sécurité « bâtiment et incendies » ne sont pas respectées dans certaines usines, ce qui pourrait conduire à de nouveaux incendies tels que celui de Tazreen qui a fait plus de 100 morts en 2012, ou l’effondrement d’immeubles comme celui du Rana Plaza ;
  • les ouvriers travaillent parfois 70 heures par semaine alors que la loi bangladaise n’en autorise que 60, sans que les heures supplémentaires ne soient toujours rémunérées, pour un salaire qui ne leur permet pas de vivre dignement, et dans des conditions dangereuses ;
  • les droits syndicaux sont systématiquement bafoués et les ouvriers subissent des menaces verbales et physiques constantes d’être licenciés lorsqu’ils revendiquent le respect de leurs droits. »

 

Suite à la catastrophe de 2013, qui a provoqué la mort de 1127 ouvrières et ouvriers du textile au Bangladesh, un fonds d’indemnisation destiné aux familles des victimes a réuni la somme de 30 millions de dollars. Auchan a participé pour sa part à hauteur de 1,5 million de dollars.

 

Toutes les marques (H&M, Kik, Mango, Nike, Tchibo, PVH, Zara, Benetton, C&A, Primark…) qui ont sorti des millions de dollars pour soutenir les rescapés de la catastrophe ne se sentent toutefois pas responsables des 1127 morts. Auchan n’est pas la seule marque qui n’a pas assumé ses engagements pour améliorer les conditions de travail. Les marques comme KiK et H&M, qui avaient signé des accords, ont fui aussi leurs responsabilités.

 

> Revoir le reportage « La Mode à mort » sur le site d’Arte

« Dans le sillage de l’avocate française Marie-Laure Guislain, qui représente des ONG luttant contre les « crimes économiques » et enquête sur l’éventuelle responsabilité d’Auchan, ce documentaire montre que les conditions de travail restent peu ou prou les mêmes dans les ateliers de Dacca : immeubles vétustes, salaires de misère, méthodes de fabrication dangereuses, dont le sablage des jeans, pourtant officiellement interdit car facteur avéré de silicose, une maladie pulmonaire mortelle. Une enquête éloquente, qui pose avec insistance la question des responsabilités, au Bangladesh et au-delà. »



> Si la vidéo ne s’affiche pas, rendez-vous sur le site   d’Arte « La Mode à mort » 

Une loi française pour responsabiliser les grands groupes français qui dérange

En mars 2015, l’Assemblée a validé une proposition de loi pour responsabiliser les grands groupes sur toute leur chaîne de production. Si la loi passe au Sénat, les entreprises françaises de plus de 5 000 salariés auront l’obligation de mettre en place :

« des mesures de vigilance raisonnable propres à identifier et à prévenir la réalisation de risques d’atteintes aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales, de dommages corporels ou environnementaux graves ou de risques sanitaires résultant de ses activités et de celles des sociétés qu’elle contrôle directement ou indirectement, ainsi que les activités de leurs sous-traitants ou fournisseurs sur lesquels elle exerce une influence déterminante. Les mesures du plan visent également à prévenir les comportements de corruption active ou passive au sein de la société et des sociétés qu’elle contrôle. »

 

Mais c’est sans compter sur le rapporteur de la commission des lois Christophe-André Frassa (Les Républicains) qui a tenté de supprimer la loi en déposant une motion préjudicielle rarement utilisée (une seule fois depuis la deuxième Guerre Mondiale).
Cette loi qui responsabiliserait les entreprises françaises ne semblent pas être du goût des grands groupes qui, étonnement, ne se font pas entendre. Difficile pour les entreprises concernées de se plaindre d’une telle proposition de loi surtout avec tous leurs jolis discours éthiques.

 

Le député socialiste Dominique Potier, l’un des auteurs de ce texte :

« Notre adversaire dans cette affaire, c’est le temps. Si les navettes parlementaires ne sont pas rapides, il y a un péril pour que cette loi s’enlise . Une adoption avant la COP21 serait un symbole extraordinaire. »

 

 

 

Sources :
> arte.tv : La mode à mort
> actu-environnement.com : Le devoir de vigilance des sociétés mères va-t-il passer l’épreuve du Sénat ?
> bastamag.net : Les lobbies patronaux tentent de saboter la loi sur le devoir de vigilance des multinationales
> amnesty.fr : France : la proposition de loi sur le devoir de vigilance enfin inscrite au Sénat
> assemblee-nationale.fr : PROPOSITION DE LOI relative au devoir de vigilance des sociétés mères et des entreprises donneuses d’ordre,
groupe-auchan.com : Rana Plaza : Auchan réaffirme ses positions et ses actions
pour améliorer la situation des travailleurs du textile au Bangladesh

 



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