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Épandage aérien de pesticides :

une déferlante de dérogations

Des élus, des écologistes et des apiculteurs dénoncent une déferlante de dérogations accordées par plusieurs préfectures aux agriculteurs pour protéger leurs cultures en utilisant une pratique interdite en France : l’épandage aérien de pesticides.

épandage Aérien de pesticides

Les dérogations deviennent la règle

 

champ de maïsDepuis le début de l’été 2012, plusieurs préfectures autorisent par simples dérogations les épandages de pesticides par voie aérienne.

Les pesticides ou fongicides sont pulvérisés sous forme liquide ou en micro-granulés par des hélicoptères qui volent en rase-motte au-dessus des champs.

Pourtant une directive européenne interdit l’épandage par voie aérienne des produits phytopharmaceutiques, sauf dérogation pour des cas particuliers et sous conditions biens strictes (par exemple, lorsque l’utilisation de matériels de pulvérisation terrestre est impossible).

Cette directive, retranscrite en droit français, par un arrêté de la loi du Grenelle 2 en juillet 2010 et dans un arrêté français du 31 mai 2011 oblige les agriculteurs à demander une dérogation à la préfecture.

Mais en mars 2012, le journal Le Monde publie une circulaire de la Direction générale de l’alimentation (DGAL) du ministère de l’Agriculture, à diffusion restreinte, qui élargit la gamme des exceptions pour accorder encore plus de dérogations.

 

« 7 produits phytopharmaceutiques ont été évalués par l’Anses pour une application par voie aérienne … les autorisations de mise sur le marché (AMM) ont été modifiées en conséquence ».

 

Seuls les produits évalués par l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire Alimentation) pourront-être utilisés rassure le Directeur général de l’alimentation, Patrick Dehaumont. Pourtant sur les sept produits autorisés, Générations Futures (association de défense de l’environnement) explique que trois d’entre eux, le fenpropidine, le difénoconazole et le propiconazole sont classés comme cancérigènes possibles par l’agence américaine de l’environnement (US EPA) et le propiconazole est classé toxique pour la santé humaine aux États-Unis.

« Si le Grenelle II avait autorisé quelques dérogations, elles sont devenues la règle« , déclare lundi 23 juillet Noël Mamère, le député écologiste.

 

Un coup de Napalm sur la biodiversité

Les préfectures de la Haute-Garonne, du Lot-et-Garonne, du Gers, du Loiret, des Landes,  etc. autorisent depuis le début de l’été les épandages de pesticides par voie aérienne sur les champs de maïs et les vignes.

Pour le vice-président EELV (Europe Écologie Les Verts) du conseil régional de Midi-Pyrénées, Gérard Onesta :

« C’est un coup de Napalm sur la biodiversité. Le problème concerne toute la France, c’est effrayant. La puissance publique donne une dérogation générale et systématique. C’est un scandale sanitaire majeur. Quand on épand, tout le monde en prend : les promeneurs, les enfants qui jouent dans le jardin, les animaux, les cours d’eau, les élevages. Et ce sont des produits de grande toxicité. »

 

« Le Sud-Ouest est particulièrement concerné par cette pratique qui est symptomatique de l’industrialisation de l’agriculture. Ces dérogations sont parfaitement inacceptables, car les épandages ont un effet très négatif : ils ne se limitent pas à la parcelle traitée » : José Bové.

 

Même si les épandages aériens se font en rase motte (de 0.50 m à 1 m de hauteur), la pollution est bien réelle. L’épandage aérien de pesticides est néfaste pour l’environnement et la santé. Les nappes phréatiques, les cours d’eau, l’eau destinée à l’homme, les sols sont contaminés. La faune, notamment les abeilles et la flore sont touchées directement.

abeilleLe syndicat agricole FNSEA explique que les agriculteurs n’ont pas vraiment le choix s’ils ne veulent pas perdre 30 % de leur récolte.

Les apiculteurs enragent à l’écoute de ce genre de justification. Ils subissent des pertes encore plus importantes. En France le taux de mortalité des abeilles est passé de 3 à 5 % en 1985 à 35 à 40 % aujourd’hui explique Olivier Fernandez, président des apiculteurs de Midi-Pyrénées.

Ce dernier dénonce aussi le non respect des procédures dans certains départements profitant de l’absence de moyens de contrôle de l’État :

  • le refus d’informer la population dans le délai légal,
  • l’absence de balisage avant le traitement
  • les distances d’épandage par rapport aux habitations et au cours d’eau
  • la pulvérisation de champ de maïs en pleine floraison,
  • etc.

 

Vers des cultures variées

M. Bapt, député PS, réclame depuis des mois la suspension de la circulaire du 5 mars : « La DRAAF vit sur de vieux schémas d’agriculture intensive, avec une mésestimation du risque« .

Comme les écologistes, il préconise que les agriculteurs « varient les cultures » sur le même sol pour éviter la pyrale, un parasite qui apprécie les parcelles en monoculture.

Lundi 23 juillet sur France Inter, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll déclare : « L’objectif, c’est de ne plus avoir recours à l’épandage du tout ».

 

Sources :
actu-environnement
> Sud-Ouest
> Journal de l’environnement
> Le Point
> agriculture.gouv
> Générations Futures


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