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Dix centimes de plus changeraient la vie des ouvrières du textile au Bangladesh

Cela fait un an que la catastrophe du Rana Plaza à Dacca a eu lieu au Bangladesh : le 24 avril 2013 un immeuble s’effondre, 1 135 personnes périssent et des accords sont signés avec plus de 150 marques du textile dont Primark, C&A, Zara, Gap, H&M, Walmart…. et parmi les marques françaises Auchan, Carrefour… Mais la mise en oeuvre des accords est suspendue par la question « Qui va payer ? » Pourtant, dix centimes de plus changeraient la vie des ouvrières du textile au Bangladesh.

Les accords qui ont suivi la catastrophe du Rana Plaza à Dacca

Le 24 avril 2013 le Rana Plaza, un immeuble de neuf étages, s’effondre à Dacca au Bangladesh, 1 135 ouvrières et ouvriers du textile périssent, environ 2 000 personnes sont blessées et plus de 300 n’ont toujours pas été retrouvées.

La catastrophe a fait le tour des réseaux sociaux, des médias… (lire sur Beurk.com : Bangladesh : 1 127 morts pour que les grandes marques du textile réagissent)

Les manifestations qui ont suivi pendant plusieurs mois ont convaincu les marques de revaloriser leur image. Des Accords ont été signés entre 150 marques européennes et américaines pour garantir la sécurité des bâtiments du textile et des ouvriers et ouvrières du Bangladesh.

Les accords associent les syndicats, les pouvoirs publics, les industriels, les marques, les grands distributeurs et les ONG sous la présidence de l’Organisation internationale du travail.

L’Accord on Fire and Building Safety in Bangladesh regroupe les marques européennes et l’Alliance les marques américaines. Le National Action Plan est à l’initiative du gouvernement du Bangladesh.

L’Accord, l’Alliance et le National Action Plan prévoient de garantir la sécurité des bâtiments du textile, d’améliorer les conditions de travail et de respecter le droit des ouvriers et ouvrières.

 

La sécurité des bâtiments du textile au Bangladesh

Environ 4 000 usines du textile doivent être inspectées. Certaines s’inquiètent de savoir qui va financer les travaux. L’Accord prévoit que les demandeurs d’ordre (marques et distributeurs) aident leurs fournisseurs à financer les travaux, à poursuivre un lien commercial pendant au moins deux ans et à garantir pendant les travaux la rémunération des employés mis au chômage.

Sur le terrain c’est parfois loin d’être une réalité. Depuis fin 2013, les inspections des usines ont commencé. Sept ont dû fermer dont une appartenant à un fournisseur d’Auchan. Auchan n’a toujours pas indemnisé les ouvriers et ouvrières. Leur employeur appelle Auchan à participer au financement du chômage des employés. Auchan ne communique pas à ce sujet.

 

Les conditions de travail des ouvrières du textile au Bangladesh

Les accords signés prévoient une amélioration des conditions de travail des ouvrières du textile et la création de syndicats.

Aujourd’hui 150 syndicats ont été créés dans les usines du Bangladesh.
Mais selon Geneviève Paul, responsable du bureau mondialisation à la Fédération internationale des droits de l’homme à Paris :

« Ça reste quand même compliqué. Il y a toujours beaucoup de harcèlement contre les syndicats. »

 

Alauddin Sherkhan, un syndicaliste Super Shine Apparel ltd :

« Les managers nous mettent sans arrêt la pression, psychologiquement, parfois physiquement. Je touche un salaire bien inférieur à ce que je devrais toucher. Mais depuis la création du syndicat en février dernier, nous avons enfin notre jour de congé hebdomadaire. »

 

Depuis la catastrophe, les salaires sont passés de 3.000 à 5.300 takas soit 77 % d’augmentation. Aujourd’hui, un travailleur du textile perçoit environ 36 euros de salaire mensuel. Mais au Bangladesh un salaire décent dit vital est à hauteur de 260 euros mensuel. H&M, qui souhaite plus d’éthique, a annoncé vouloir payer directement les ouvriers avec un salaire décent et donc augmenter ses prix en rayon.

 

Les syndicats et les OGN interpellent les consommateurs :

« En acceptant de payer 10 centimes de plus, les consommateurs pourraient changer la vie des travailleurs. »

 

L’Arrangement, un fonds d’indemnisation pour les victimes du Rana Plaza à Dacca

En parallèle aux accords, un Arrangement a été négocié pour la mise en place d’un fonds d’indemnisation des victimes et des familles. Dix marques ont signé cet accord. Les marques comme Primark, C&A, Zara, Gap, Walmart… ont déjà participé aux indemnisations des victimes contrairement à Carrefour et Auchan qui estiment n’avoir aucune responsabilité dans la catastrophe de Dacca.

 

Shahidul Islam Shahid, l’un des principaux syndicats du secteur textile bangladais :

« Les grandes marques occidentales sont celles qui ont le plus profité de la sueur et du sang des ouvrières. Elles doivent donc prendre leurs responsabilités et s’occuper des victimes et des autres ouvrières, au même titre que les propriétaires bangladais des usines. »

 

Une pétition est en cours au sujet des indemnisations des victimes : 

« À ce jour, seules 10 des 28 marques identifiées au moment des faits ont confirmé publiquement leur participation au fonds d’indemnisation. À l’approche de ce sinistre anniversaire, Peuples Solidaires et le Collectif Ethique sur l’étiquette appellent BENETTON, CARREFOUR et AUCHAN à contribuer de manière significative et dans les plus brefs délais à l’indemnisation des victimes et de leur famille ! »

 

 

Une loi pour obliger les multinationales à un devoir de vigilance 

La catastrophe de Dacca au Bangladesh a permis de révéler au monde les conditions de travail désastreuses dans lesquelles oeuvraient les travailleurs des usines de confection. Aujourd’hui les marques visent le Vietnam et l’Éthiopie, les nouveaux paradis de l’industrie du textile.

Mais le Banglagesh garde des atouts de taille : quatre fois moins cher que la Chine, une spécialité dans le low cost et un laxisme politique bien arrangeant.

En France, une proposition de loi est en cours qui obligera les multinationales à un devoir de vigilance sur les risques des conditions de travail et environnementale au risque d’être sanctionné pénalement.

 

 

Sources :
> lesechos.fr : Le textile du Bangladesh, un an après le désastre
> france5.fr : Les damnées du low cost
> bastamag.net : Un an après le drame du Rana Plaza, les grandes marques d’habillement ont-elles changé leurs pratiques ?
> franceinter.fr : Bangladesh, les damnés du low-cost
> leplus.nouvelobs.com : Un an après l’effondrement d’une usine au Bangladesh, les choses avancent mais…
> franceinter.fr : Bangladesh : un an après la catastrophe du Rana Plaza

 



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