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Du nouveau dans la chaîne alimentaire : des microparticules de plastique en guise de plancton

Tout le monde le sait, jeter des bouteilles, gobelets, sacs… en plastique, pollue. Et pourtant, des millions de microparticules de plastique nagent à la surface des océans et dans les fonds marins. Ces microparticules absorbent les produits toxiques tels que les phtalates ou les pesticides. Mais pas seulement. Des microbes pathogènes comme  la bactérie Vibrio, qui véhicule le choléra, colonisent les fragments de plastique. C’est toute la chaîne alimentaire qui est impactée.

Du nouveau dans la chaîne alimentaire : des microparticules de plastique en guise de plancton

Une nouvelle croûte terrestre constituée de micro particules de plastique ?

Nous connaissons la pollution des microparticules de plastique en surface. Qui n’a jamais entendu parler d’un septième continent de plastique situé  dans le nord de l’Océan Pacifique. Il fait six fois la taille de la France. Le Pacifique Sud, l’Atlantique Nord et Sud et l’Océan Indien ont aussi leur continent de plastiques.

 

 

En 2010, environ 8 millions sur les 275 millions de tonnes de déchets en plastique produits dans le monde dérivaient dans les océans.

Jenna Jambeck, biologiste à l’université de Géorgie  aux États-Unis:

« Cette quantité déversée augmente chaque année, et notre estimation pour 2015 est d’environ 9,1 millions de tonnes. »

Jenna Jambeck, avec d’autres chercheurs, ont publié en février 2015 leurs derniers travaux sur la pollution des microparticules de plastique dans la revue Science. Ils en concluent que si l’homme ne change pas ses habitudes, alors chaque année ce seront 80 millions de tonnes de plastique qui flotteront à la surface des océans d’ici 2025.

Un autre phénomène inquiète les scientifiques, la pollution des fonds marins. Peu d’étude ont vu le jour sur ce thème. La plupart des microparticules étudiées flottent à la surface des océans. Leur densité peut s’accentuer, soit par l’effet du « biofouling » (des organismes se fixent sur les microparticules de plastique) soit après avoir été ingérées par des organismes marins, elles coulent au fond des océans sous forme fécales.

Une étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences en juillet 2014 rapporte que le nombre de microparticules de plastique avancé ne reflète pas les estimations faites depuis les années 1970. La US National Academy of Science évaluait à 45 000 tonnes les plastiques déversés dans les océans soit 0,1 % de la production de plastique mondiale. Depuis elle est passée à 265 millions de tonnes. Seulement, les chiffres rapportés aujourd’hui sur la quantité de plastiques ne correspondent pas : 7 000 à 35 000 tonnes. Soit les microparticules sont beaucoup trop petites pour être détectées et analysées. Soit la quantité manquante a coulé au fond des océans.

François Galgani, chercheur à l’Ifremer :

« C’est une mesure qui ne surprend pas les spécialistes, mais qui est quand même beaucoup plus basse que bien des estimations existantes. Par le passé, certains estimaient la masse globale de microplastiques dans l’océan à plusieurs millions de tonnes, donc mille fois plus que ce qui a été mesuré ici. »

 

Microparticules de plastique, plancton et bactéries.

De diamètre égal, les microparticules de plastique se confondent avec le plancton et dérivent au gré des courants pour finir dans tous les estomacs de la chaîne alimentaire du plus petit poisson au grand mammifère poilu.

Gaby Gorsky, coordinateur scientifique de « Tara » :

« Plus le fragment est petit, plus il remonte facilement dans la chaîne alimentaire, ingéré par le plancton, les petits poissons, les plus gros et jusqu’à l’homme. Plus il est petit, plus il a une forme sphérique, plus il offre de surface relative susceptible de « s’imbiber » de produits chimiques divers, des pesticides comme le DDT, des déchets polluants provenant de l’agriculture, des hôpitaux, etc. Le plastique est hydrophobe et attire ces molécules toxiques comme une éponge.
Les fragments sont colonisés par des micro-organismes vivants, comme des bactéries ou des algues, qui colonisent le plastique et lui donnent l’odeur du vivant, ce qui explique pourquoi il est absorbé par le plancton, les crustacés et les poissons…
Ces fragments sont aussi dangereux car vecteurs de microbes potentiellement pathogènes et toxiques. On sait que la bactérie Vibrio s’attache facilement sur le plastique. Cette bactérie peut véhiculer le choléra et les fragments de plastique permettent à ces bactéries pathogènes d’être transportées rapidement par les vents et les courants sur des grandes distances. »

François Galgani, chercheur à l’Ifremer :

« Mais même si les masses en jeu sont faibles, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problème. Car comme ces particules sont minuscules, leur nombre total reste extrêmement élevé et chacune d’elle peut être un vecteur pour un microbe, qui peut ainsi voyager dans toutes les régions de la planète. »

Gaby Gorsky, coordinateur scientifique de « Tara » :

« Il y a plusieurs voies possibles. La première est l’éducation car ce qui n’est pas jeté dans une poubelle va atterrir à un moment ou à un autre dans les océans.
La deuxième, et peut être la meilleure, c’est de changer notre mode de fonctionnement et abandonner l’usage du plastique à long cycle de vie et non dégradante pour adopter des produits naturels. Parallèlement, il est nécessaire de planifie  le nettoyage des côtes à long terme car la majeure partie du plastique flottant (notamment en Méditerranée) y termine son voyage. La dernière voie, c’est de décomposer le plastique. À l’heure actuelle, le plastique est dégradé, c’est-à-dire fractionné. Il devient plus petit, invisible certes mais non moins nocif. Or plus il est petit, et plus les petits organismes peuvent l’ingérer. Le plastique remonte ainsi facilement la chaîne alimentaire. Dans le monde, plusieurs laboratoires cherchent des techniques pour  trouver une alternative : décomposer le plastique en produits non toxiques. »

 

Sources :
> ecoledelamer.com : Conférence Ecole de la mer : Planctons et Plastiques : l’expédition Tara Méditerranée
Christian Sardet,
> oceans.taraexpeditions.org : Les voies pour diminuer la pollution plastique
> planktonchronicles.org/fr : Chroniques du Plancton
> iuem.univ-brest.fr : Source, transfer et devenir des microplastiques (MPs) en mer Méditerranée Nord-Occidentale
> liberation.fr : «Plus le fragment est petit, plus il s’imbibe de produits chimiques»
> lemonde.fr : Le déversement des plastiques dans les océans pourrait décupler d’ici à dix ans
> greenpeace.org : The Trash Vortex
> pnas.org : Plastic debris in the open ocean
> lefigaro.fr : Moins de plastique que prévu dans les océans

 



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