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Gomme de guar et gaz de schiste

La gomme de guar est devenue depuis peu l’or noir des paysans indiens. Entre 2010 et 2012, le prix de la tonne est passé de 1 500 à 17 000 dollars. Les besoins de la gomme de guar explosent depuis l’essor de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels.

Gomme de guar et gaz de schiste

Le guar

Le guar est une plante légumineuse, cultivée principalement en Inde (80 % de la récolte mondiale). Le climat indien offre les conditions idéales pour la culture du guar : mousson pour la germination et sécheresse pour la croissance.

À l’origine, elle sert à nourrir le bétail. L’industrie cosmétique l’utilise comme émulsifiant et l’agro-alimentaire, comme épaississant non calorique (sauces, crèmes glacées…) et comme substitut au gluten.

Depuis l’essor de l’exploitation des hydrocarbures non conventionnels, la gomme de guar est très prisée par l’industrie pétrolière et gazière. Les paysans indiens et les fabricants ne peuvent que s’en réjouir.

 

Les hydrocarbures non conventionnels

Les hydrocarbures se forment par le dépôt de sédiments sur une couche riche en matières organiques. Au fur et à mesure que les sédiments s’accumulent, la température et la pression augment dans la roche. La matière organique se transforme en kérogène.

Selon le milieu et sa composition, le kérogène se transforme à son tour en pétrole ou en gaz. Au fil de millions d’années, les hydrocarbures remontent à la surface soit grâce à la perméabilité et la porosité de la roche soit par la technique de fracturation, utilisée pour extraire les hydrocarbures non conventionnels.

 

Les hydrocarbures non conventionnels désignent plusieurs types de gisements (huile de schiste, gaz de mine, schistes bitumineux, gaz de schiste…). Ils sont définis non conventionnels, car ils sont enfouis dans une roche imperméable et peu poreuse. Il est donc difficile de les extraire contrairement aux hydrocarbures conventionnels qui sont retenus dans une roche poreuse et perméable. Ces derniers nécessitent une simple extraction par forage.

Gomme de guar et gaz de schiste

Les hydrocarbures non conventionnels sont piégés dans un milieu imperméable, dans une roche sédimentaire dite roche mère, enfouie à 2 ou 3 km de la surface. Pour les extraire, les industriels utilisent la technique de la fracturation hydraulique. Elle consiste à créer des fissures dans la roche en injectant de l’eau à très forte pression. La roche se fissure laissant les hydrocarbures s’échapper.

Gomme de guar et gaz de schiste

Source : ifpenergiesnouvelles.fr

 

Les États-Unis ont été les premiers à exploiter les hydrocarbures non conventionnels en 1979 au Texas, sur le gisement de Barnett Shale. Depuis 20 ans, le gouvernement fédéral a investi dans l’industrie pétrolière et gazière pour développer des techniques d’extraction des ressources dites non exploitables. Dans les années 2000, l’extraction par fracturation hydraulique se perfectionne et le forage dirigé (horizontal) permet une exploitation des hydrocarbures à grande échelle.

D’ici 2021, les États-Unis devraient-être en auto-suffisance. Selon l’Agence internationale de l’énergie, en 2020 les États-Unis surpasseront la production de l’Arabie Saoudite. En 2030, ils deviendront exportateurs.

 

Le Canada est le deuxième pays a s’être lancé dans la production d’hydrocarbures non conventionnels. Plusieurs autres pays s’y intéressent de près : l’Australie, la Chine, l’Algérie, l’Europe, l’Afrique du Sud…

 

La gomme de guar et l’industrie pétrolière

Gomme de guar et gaz de schiste

Pour optimiser l’efficacité des forages et de l’extraction des hydrocarbures, les industriels utilisent abondamment la gomme de guar : soit pour améliorer la viscosité des boues de forage et éviter toute perte d’or noir, soit pour épaissir les fluides injectés dans la roche lors d’une fracturation hydraulique.

En octobre 2010, le prix de la tonne de guar était de 1 500 dollars. En avril 2012 le prix atteint 17 000 dollars. En octobre 2012, la tonne se vend 5 000 dollars.

Emmanuel Butstraen, président de Novecar, premier producteur de cette gomme de guar :

« Un vent de panique a soufflé pendant plusieurs mois, car tout le monde s’est mis à chercher du guar. La production indienne a bondi en deux ans de 250 000 à 480 000 tonnes, mais cela a semblé insuffisant. »

Gomme de guar et gaz de schiste

Source : lemonde.fr

 

Les paysans indiens se sont donc tournés vers la culture du guar pour répondre aux besoins  gargantuesques des compagnies pétrolières et gazières. Depuis, de nouveaux tracteurs circulent dans les champs, les maisons s’embellissent… la gomme de guar est devenue l’or noir des paysans indiens.

 

Les ambitions des industriels, étant d’exploiter jusqu’à la dernière limite les gisements d’hydrocarbures, le marché de la gomme devrait se maintenir.

 

La gomme de guar est-elle  promise à un bel avenir ?

S’orienter vers une monoculture est toujours à risque :

L’industrie pétrolière recherche déjà des produits synthétiques qui remplaceront la gomme de guar trop dépendante du climat. L’agro-alimentaire commence à se tourner vers d’autres substituts comme la gomme de xanthane.

La technique de fracturation hydraulique est très décriée pour polluer l’environnement et provoquer des mini séismes. D’autres alternatives sont à l’étude :

  • l’électro-fissuration,
  • fracturation thermique par modification de la température de la roche-mère,
  • fracturation par injection d’un fluide autre que l’eau,
  • fracturation par propane, la plus opérationnelle.

Et si les états se décident d’appliquer une politique commune en 2015, lors du grand rendez-vous pour lutter contre le réchauffement climatique,  2/3 des réserves devront rester en sous-sol et seront donc sans valeur.

Laura Cozzi, directrice de l’unité de recherche sur les données énergétiques mondiales de l’Agence Internationale de l’Energie :

« Depuis deux ans nous avons eu une transformation très rapide et très profonde à cause de l’explosion de la production de gaz et de pétrole non conventionnel. Cela a créé un sentiment d’abondance de ressources chez les professionnels de l’énergie et des perspectives de richesses qui remettent en cause la politique climatique européenne. »

 

Nick Robbins, directeur du centre de recherche sur le climat d’HSBC :

« Dans ce cas de figure, deux tiers à quatre cinquièmes des réserves de pétrole et gaz perdraient leur valeur financière extrêmement rapidement ; ce qui déstabiliserait les bourses mondiales. Pourtant, les marchés financiers ne se posent pas la question et les analystes ne prennent pas en compte cette donnée. »

 

Sources :
ifpenergiesnouvelles.fr : Les gaz de schistes (« shale gas »)
rfi.fr : La gomme de guar profite de l’essor des forages pétroliers
contrepoints.org : Pourquoi nous ne serons jamais à court de pétrole
assemblee-nationale.fr : Techniques alternatives à la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste
assemblee-nationale.fr : Les gaz et huile de schiste
lemonde.fr : Gaz de schiste : un engouement mondial, mais beaucoup de doutes
lemonde.fr : La belle histoire du Guar, haricot indien sacré roi de l’ice-cream et du gaz de schiste
lemonde.fr : Le haricot de guar indien dopé par le gaz de schiste
novethic.fr : Dégonfler les «bulles carbone» créés par les marchés financiers
processalimentaire.com : DuPont Danisco substitue le guar par des systèmes d’hydrocolloïdes


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