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La convention Minamata s’attaque à la pollution du mercure

Sous l’impulsion de la Suisse et la Norvège, en 2009, 140 pays s’accordent pour lancer des négociations pour lutter contre la pollution du mercure dans le monde. D’ici 2013 un texte juridique doit-être rédigé. C’est chose faite. Samedi 19 janvier, la première convention internationale, baptisée Minamata, sur le mercure est signée à Genève.

La convention Minamata s’attaque à la pollution du mercure

 

La toxicité du mercure est unanimement reconnue

Les dégâts que  provoque le mercure sur l’environnement et la santé humaine inquiètent depuis longtemps les autorités sanitaires mondiales. La convention internationale, Minamata, est une grande avancée dans la lutte contre le mercure dans le monde.

 

OMS (Organisation mondiale de la santé) :

Organisation mondiale de la santé« L’exposition au mercure, même à de petites quantités, peut causer de graves problèmes de santé et constitue une menace pour le développement de l’enfant in utero et à un âge précoce. Il peut avoir des effets toxiques sur les systèmes nerveux, digestif et immunitaire et sur les poumons, les reins, la peau et les yeux. »

Le mercure est considéré par l’OMS comme l’un des dix produits chimiques ou groupes de produits chimiques extrêmement préoccupants pour la santé publique. Les gens sont exposés au méthyle mercure principalement lorsqu’ils consomment du poisson ou des crustacés contenant ce composé organique. »

Achim Steiner, directeur exécutif du PNUE (Programme des Nations unies pour l’environnement) :

pnue« La toxicité et la dangerosité du mercure sont connues depuis des siècles, mais nous disposons aujourd’hui de technologies et de procédés alternatifs qui permettent de réduire les risques liés au mercure pour des dizaines de millions de personnes, parmi lesquelles des femmes enceintes et leurs bébés. L’aboutissement de ces négociations contribuerait à un avenir plus durable pour les générations futures. »

 

 

La convention Minamata

En 2009, lors d’une session du conseil d’administration du  PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement), 140 pays se lancent dans des négociations pour lutter contre la pollution du mercure dans le monde. Au terme une semaine de négociations, un accord voit enfin le jour.

Achim Steiner  :

« Après des sessions complexes se déroulant parfois toute une nuit, les nations ont aujourd’hui posé les fondements pour une réponse internationale à un polluant dont les effets négatifs sont bien connus depuis plus d’un siècle. »

« Chaque personne dans le monde peut bénéficier des décisions prises cette semaine à Genève- en particulier les travailleurs et les familles de mineurs d’or à petite échelle, les peuples de l’Arctique, cette actuelle génération de mères et d’enfants ainsi que les générations à venir. J’espère une ratification rapide de la convention de Minamata afin qu’elle entre en vigueur le plus tôt possible. »

La convention est baptisée Minamata, du nom de la ville japonaise de Minamata.  Au milieu du 20e siècle,Minamata  subit une grave pollution au mercure. La convention a pour but « de réduire et de contrôler plusieurs produits, procédés et industries qui émettent, rejettent ou utilisent du mercure ».

 

« La majorité des expositions humaines au mercure sont dues à la consommation de poisson contaminé »

Le mercure, un métal liquide à température ambiante, de couleur argent brillant, est utilisé dans plusieurs activités : orpaillage (extraction de l’or et de l’argent), électrochimie, la combustion des énergies fossiles comme le charbon, la pharmacologie…

Des petites mines d’or

L'orpaillage est la principale source des émissions mondiales de mercure

 

L’orpaillage est la principale source des émissions mondiales de mercure : 35 %.

Selon le rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), une dizaine de millions de personnes sont directement exposées au mercure dans des petites mines d’or en Afrique, Asie et Amérique du Sud. Depuis 2005, les émissions issues de l’extraction minière artisanale ont doublé.

La combustion du charbon

La combustion du charbon est quant à elle la deuxième source d’émission du mercure soit 24 % des émissions mondiales.

Le mercure se retrouve aussi dans des produits d’utilisation courante : amalgames dentaires, piles, thermomètres, tubes luminescents…

 

Les océans contaminés au mercure

Philippe Grandjean, chercheur à l’école de santé publique d’Odense (Danemark) et de Harvard (États-Unis) :

« Le mercure d’origine anthropique va être recyclé pendant longtemps dans les océans. Il faudra des décennies avant que la contamination des poissons diminue. »

Le mercure finit dans les rivières, les lacs, les mers, les voies navigables. Au contact des zones humides, il se transforme en méthylmercure, un composé organique fortement toxique pour l’Homme et l’environnement. Le méthylmercure provoque des convulsions, des paralysies spastiques, la cécité, la surdité, des troubles cognitifs et un retard mental.

Les océans  contaminés au mercure

 

En raison de la capacité de bio-accumulation du phytoplancton, les océans  sont fortement contaminés au mercure : 200 tonnes de mercure se déposent chaque année dans l’Arctique. Le méthylmercure est facilement bio accumulable dans la chair des grands prédateurs, situés en haut de la chaîne alimentaire, comme les orques ou les requins. Ils ont le taux de méthylmercure le plus important.

 

En Europe, 200 000 enfants contaminés

Le rapport d’Évaluation mondiale du mercure 2013 du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) publié le 10 janvier dernier conclut que les populations des pays en développement sont les plus exposées à la pollution du mercure.

Selon une autre étude européenne, plus insolite, publiée dans la revue Environmental Health le 7 janvier 2013, environ 200 000 enfants en Europe sont contaminés par la forme organique la plus toxique du mercure méthylmercure. Les taux sont au-delà des limites fixées par l’OMS. 1,866 millions d’enfants naissent avec des concentrations pouvant induire des déficits cognitifs.

Les pays au sud du vieux continent sont les plus exposés.

Céline Pichéry, doctorante à l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) et une des auteurs de l’étude :

« Le méthylmercure est facilement bio accumulable dans la chair des gros poissons de fond, comme le thon, l’espadon ou le requin, que consomment davantage les Espagnols et les Portugais. Cette substance est dangereuse pour l’homme. Et surtout, en passant par le placenta des femmes enceintes puis par le lait maternel, elle s’avère très nocive pour les enfants en bas âge. »

Selon les chercheurs la contamination au méthylmercure est un frein pour le développement du cerveau chez les enfants et l’Europe perdrait alors 8 à 9 milliards d’euros par an.

Philippe Grandjean, l’un des auteurs, explique :

« Si nous convertissons les effets du MeHg sur le développement du cerveau en points de QI, alors les avantages du contrôle de la pollution de MeHg équivalent à 700.000 points de QI par an. Ces points représentent des bénéfices d’un montant de 8 à 9 milliards d’euros par an pour l’ensemble de l’Union européenne. La réduction de l’exposition serait principalement bénéfique pour le sud de l’Europe. »

La convention Minamata devra être ratifiée par au moins cinquante États, pour être appliquée.

D’ici à 2020 la production, l’exportation et l’importation de produits contenant du mercure seront interdis :

  • Les batteries, excepté les « piles boutons » utilisés dans les dispositifs médicaux d’implantation,
  • Les commutateurs et les relais,
  • Certains types de lampes compactes fluorescentes,
  • Le mercure dans les lampes fluorescentes à cathode froide et les lampes fluorescentes à électrode externe,
  • Les savons et les cosmétiques,
  • Les thermomètres,
  • Les tensiomètres.

Les exceptions sont :

  • Les vaccins dont le mercure est utilisé comme agent de conservation ont été exclus du traité de même que les produits utilisés  lors d’activités religieuses ou traditionnelles
  • Les délégués ont accepté une réduction progressive de l’utilisation des plombages dentaires au mercure.

Lire l’article Beurk  : 17 tonnes de mercure injectées chaque année dans les dents creuses des Français, 125 tonnes en Europe

 

Sources :
unep.org : La convention de Minamata approuvée par les Nations
> OMS : Mercure et santé
lemonde.fr : Les pays en développement de plus en plus exposés aux dangers du mercure
lemonde.fr : La pollution au mercure ferait perdre du QI et de l’argent à l’Europe
futura-sciences.com : Tout savoir sur le mercure
ONU : Le PNUE avertit contre une augmentation des émissions de mercure dans les pays en développement