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L’Anses limite la consommation de poissons d’eau douce imbibés aux PCB

Un poisson d’eau douce tous les deux mois pour les jeunes femmes et enfants et deux tous les mois pour le reste de la population, telles sont les recommandations de l’Anses au 19 janvier 2012.

L’Anses limite la consommation de poissons d’eau douce imbibés au PCB

Les PCB

pcbLes PCB (PolyChloroBiphényles) plus connus sous le nom du pyralène, sont des composés chimiques inventés dans les années 1930 aux États-Unis et fabriqués par Monsanto.

Enchantée par leur stabilité chimique, leur ininflammabilité, leur qualité diélectrique et leur prix bas, l’industrie les utilise à grande échelle comme isolants dans les transformateurs ou les condensateurs électriques, sous la forme d’une huile.

En 1987 ils sont interdits en France en raison de leur toxicité, mais les stocks restent considérables. 
Les PCB ne se dégradent pas, ils s’accumulent. Un vrai cauchemar pour l’environnement et l’homme.

Leur durée de vie peut-être longue, voire très longue : 2 700 ans pour certaines molécules. Elles sont dites potentiellement cancérigènes et perturbateurs endocriniens, néfastes au développement cérébral du fœtus.

 

Les recommandations de l’Anses

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail vient enfin de publier des recommandations suite à une étude sur la contamination aux PCB :
anses

« Au regard de cette nouvelle étude spécifique au risque PCB, l’Anses recommande de limiter les consommations de poissons d’eau douce fortement bio-accumulateurs (anguille, barbeau, brème, carpe, silure) :

  • à 1 fois tous les 2 mois pour les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes ainsi que les enfants de moins de 3 ans, les fillettes et les adolescentes,
  • à 2 fois par mois pour le reste de la population.

Depuis 2006, des restrictions de pêche et des recommandations de non-consommation des espèces de poissons les plus accumulatrices de PCB (anguilles, poissons gras, espèces dites fortement bio-accumulatrices) ont d’ores et déjà été mises en place, sur la base de la réglementation en vigueur, notamment dans les secteurs du Rhône, de la Somme, de la Seine, de la Garonne… »

C’est ce qu’indique l’Anses dans son communiqué sans toutefois préciser que la découverte de cette pollution est due à un pêcheur professionnel du Rhône. Fin 2004 Cédric Giroud fait analyser ses poissons. Résultat ses poissons sont « bourrés de PCB. »

Pourtant, ce n’est qu’en 2008 que l’Anses amorce son étude pour déterminer l’imprégnation aux PCB des consommateurs de poissons d’eau douce.

ansesQuatre ans d’études en collaboration avec l’Institut de veille sanitaire (InVS) ont permis de sonder 21.180 foyers de pêcheurs amateurs issus de la Seine, la Somme, le Rhône, le Rhin, la Loire. 13 % consomment des poissons bio-accumulateurs.

606 personnes et 16 pêcheurs professionnels consommateurs ou non de poissons d’eau douce ont accepté un prélèvement sanguin pour déterminer le niveau d’imprégnation aux PCB.  2 % dépassent le seuil critique.

 

L’étude de l’Anses publiée le 19 janvier 2012 met en avant une relation entre la consommation de poisson d’eau douce et le taux d’imprégnation de PCB.
En 2008 le lien était déjà fait :

Dans la vidéo qui suit Patrice Halami, secrétaire de l’Association Santé Environnement Provence explique :

« Un vieil homme de 80 ans a vécu toute sa vie sur les bords de la Seine. Il a bu l’eau et a consommé le poisson qu’il pêchait 4 fois par semaine. Il détient le taux de PCB le plus important.

C’est la durée d’exposition, même à des taux très faibles, qui peut avoir une toxicité . Donc la notion de seuil et de taux, il faut arriver à en sortir. »

 

Etude d’imprégnation aux PCB : Résultats par WWF France

 

Le PCB, un long fleuve tranquille

1986

inraLe laboratoire de Gilles Monod, chercheur à l’Inra de Lyon signale que les poissons du Rhône sont contaminés par les PCB. La Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Sociale (DDASS) et le ministère de l’Environnement sont informés.

L’utilisation des PCB est interdite en 1987.

 

1990

L’INRA rapporte que la teneur des PCB contenus dans les poissons du Rhône est supérieure à la norme fixée par le Ministère de l’Agriculture.
Les pêcheurs amateurs et professionnels ne sont toujours pas informés.

Extrait du rapport :

« Le pêcheur professionnel qui exerçait dans le secteur pollué a perdu son « outil de travail » pour raison d’éthique tout d’abord, puis d’interdiction de pêche prononcée par les services vétérinaires. À notre connaissance aucune procédure d’indemnisation n’a été mise en place à ce jour.
Au plan socio-politique, la situation que nous avons mise en évidence a provoqué assez peu de prises de position officielles ou d’information du public. Les pêcheurs amateurs consommant régulièrement leurs prises ont, par exemple, été laissés dans l’ignorance.
Ce problème de pollution de l’environnement et la façon dont il a été traité nous amène à nous interroger sur le système informationnel et décisionnel qui s’installe dans une telle situation.
 »

 

Fin 2004

Cédric Giroud pêcheur professionnel à l’origine de toutes les inquiétudes.

Cédric Giroud

 

« Fin 2004, on a retrouvé des oiseaux morts en amont de Lyon, sur le Grand Large. Le temps des analyses, les services vétérinaires, par précaution, ont interdit toute consommation de la pêche. Ce n’était qu’un cas de botulisme strictement aviaire, mais plus personne ne voulait de mes poissons. J’ai demandé des analyses complètes pour prouver qu’ils étaient bons. Et là, bingo ! Ils étaient bourrés de PCB ! Je m’étais tiré une balle dans le pied : je ne peux plus pêcher dans le Rhône, je n’ai touché aucune indemnité. Et je ne serai pas la dernière victime. »

Il porte plainte contre X. Pendant 2 ans il n’a aucune nouvelle suite à sa plainte.

Source : article de Robert Marmoz du Nouvel Observateur vu sur le site rhonetrotteur

 

2006-2007

cemagrefL’entreprise Trédi est clairement identifiée comme la source de pollution par le Cemagref (Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement).

Basée à Saint-Vulbas (Ain), elle est spécialisée dans le traitement des déchets dangereux et la décontamination d’appareils électriques souillés aux PCB.
Jusqu’en 2002  l’entreprise Trédi appartenait à l’État.

Mais le rapport conclut qu’elle ne peut être la seule à l’origine de la pollution.

« Des analyses réalisées sur 6 espèces de poissons, à raison de 5 prélèvements par espèces, ont mis en évidence une contamination par les PCB (polychlorobiphényls) de l’ordre de 15 à 59 pg/g (picogrammes/gramme). Il est rappelé que l’union européenne, a adopté la norme recommandée par l’OMS qui fixe à 8 pg/g la concentration admissible en dioxine et PCB dans les poissons destinés à la consommation humaine. » Communiqué du préfet de l’Ardèche.

Marc Babut, directeur de recherche au Cemagref, organisme spécialisé dans la gestion de l’eau, explique :

« Les PCB ont été utilisés à grande échelle, on peut donc s’attendre à en trouver partout. Avec les nouvelles normes sanitaires européennes, les niveaux qui jusqu’alors n’étaient pas jugés préoccupants le deviennent. Nous avons des signaux d’alerte qui remontent de toutes parts. »

 

Un Tchernobyl à la Française - WWF France – 2007 :

 

2008

Enfin les autorités s’activent et développent un plan interministériel d’actions sur les PCB sous la présidence de la ministre de l’Ecologie  Nathalie Kosciusko-Morizet.

 


DOCUMENTAIRE Envoye special POLLUTION pcb MAI… par DOCUMENTAIREROOTS

 

Carte de contamination des cours d’eau en France par les PCB

Depuis 2008 l’Association Robin des Bois publie régulièrement des cartes de contamisation des cours d’eau en France par les PCB.
La dernière date de  juillet 2011.

atlas National PCB Robin des bois

Un fleuve n’a pas de frontière et se jette dans les mers ou les océans.

Un exemple le Rhône et la Méditerranée.

 

 

Nos rivières sont « en bon état chimique »

Vendredi 14 octobre 2011, le WWF France a publié un rapport « L’état des eaux : derrière une information officielle déficiente, des évaluations et des données inquiétantes »Hélène Roche, présidente du Comité Scientifique du WWF explique :

wwf Qualité des eaux

« On va ainsi pouvoir officiellement déclarer que certaines rivières sont « en bon état chimique » alors qu’elles sont contaminées par des substances dont les protocoles de mesures sont mal codifiés ou par des molécules qui ne sont tout simplement pas prises en compte – les PCB par exemple. Les rivières seraient donc officiellement en bon état alors qu’une contamination importante menace les espèces aquatiques et la biodiversité. Avec une telle sous-évaluation de la situation, on ne s’étonnera pas qu’un certain nombre d’espèces très sensibles aux polluants chimiques, comme les batraciens, figurent parmi les espèces aquatiques les plus menacées »

 

« Le retour à la normale pour les espèces interdites n’est pas pour demain.
Mais la contamination est ancienne. On termine actuellement une étude d’imprégnation sur les consommateurs de poissons. On peut dire que la contamination chez l’homme a diminué depuis vingt à trente ans. Nous sommes moins exposés que nos parents. Mais eux ne le savaient pas »

conclut le docteur Leblanc, chef du département d’évaluation des risques liés à l’alimentation à l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses).
Les résultats de l’étude de l’Anses rassurent, seulement 2 % dépasse le seuil critique.

Le plus inquiétant est la dépollution.
Concernant le Rhône Nathalie Kosciusko-Morizet avoue :

« On ne pourra jamais enlever tout le pyralène, c’est impossible. Les quantités sont trop importantes. Comme les couches inférieures semblent plus contaminées, le fait de draguer le fleuve pour les traiter remettrait en outre en suspension les sédiments pollués. »

Christine Bossard, qui travaille sur le dossier au sein de l’association Robin des Bois déplore :

« Le problème vient des friches industrielles. Sur ces terrains abandonnés, personne ne débloquera l’argent pour aller pister les PCB. Qui ira excaver des sols pollués qui contaminent les nappes phréatiques et les rivières ? D’anciens sites de broyage de ferraille peuvent aussi être contaminés. On est très longtemps resté dans l’ignorance. En 2001, l’inventaire des matériels contenant des PCB a été lancé sur la base du volontariat »

Les PCB sont d’autant plus inquiétants qu’ils ne polluent pas seulement les eaux. Si les poissons sont contaminés par les PCB, les élevages, le lait, les légumes et les œufs… aussi.

 

Sources :
blog.mondediplo : Le Rhône pollué par les PCB : un Tchernobyl français ?
> wwf : Des espadons contaminés en Méditerranée
> guardian : The ‘French Chernobyl’ that has poisoned the Rhône’s fish
> sudouest : Les rivières de la région sont toxiques pour les poissons
libelyon : Le Rhône, empoisonné par les PCB
> stopauxpcb : WWF
> rhonetrotteur : Le Rhône interdit
> anses : Exposition de la population française aux dioxines, furanes et PCB de type dioxines
> anses : Résultats de l’étude nationale sur l’imprégnation aux PCB des consommateurs de poissons d’eau douce
> inra : Les difficultés de l’évaluation des risques liés à une pollution chronique du milieu aquatique par les polychlorobiphenyles (PCBs). Un cas sur le haut-Rhône
> blog.surf-prevention.com
> irstea : Institut de recherche pour l’ingénierie de l’agriculture et de l’environnement
> wwf : Qualité de l’eau en France : une vérité qui dérange

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