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Le retour des farines animales, une annonce qui tombe à pic

En plein scandale de la viande de cheval, la Commission européenne annonce intelligemment le retour des farines animales en Europe à compter du 1er juin 2013. Interdites depuis 12 ans pour cause de vache folle, la nouvelle est mal digérée par les consommateurs européens.

farine Animale

La psychose des nouvelles farines animales

 

Commission européenneLa Commission européenne souhaite le retour des farines, nommées protéines animales transformées (PAT), dans la filière piscicole dès le 1er juin et en 2014 pour les porcs et les volailles.

Mais le timing de l’annonce est bien malheureux. En plein scandale de la viande de cheval, les autorités européennes osent tout.

 

Interdites pour tous les animaux en Europe en 2001, les farines animales, faites de viandes et d’os de différentes espèces, étaient préparées sans précautions déclenchant ainsi la maladie de la vache folle. À l’époque, la découverte des farines animales est un choc culturel.

 

Pour rassurer les consommateurs les autorités européennes précisent que ces nouvelles farines animales seront sans danger. Bien préparées et surtout cuites à point, avec des normes sanitaires strictes (pas de cannibalisme, incinération des farines, etc.) pourquoi s’en passer.

Jean-Louis Peyraud, directeur de recherches à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) :

« Attention, il faut éviter toute confusion. Il ne s’agit en aucun cas des farines animales des années 90, mais de protéines animales transformées [PAT]. Les PAT sont constituées du cinquième quartier de l’animal, c’est-à-dire les plumes, le sang, les os, le gras, les pattes… Le tout issu d’animaux propres à la consommation humaine. »

Bien qu’il ne s’agisse pas des mêmes farines à l’origine du plus grand scandale sanitaire alimentaire, mais de protéines animales issues d’espèces saines, l’annonce passe mal. Les consommateurs ont de moins en moins confiance en la qualité des produits de l’industrie agroalimentaire. Ces dernières années, les crises alimentaires n’ont cessé de défrayer les chroniques  :

  • le lait maternel frelaté en Chine,
  • les graines germées à la bactérie E-Coli en Allemagne (40 morts en Europe),
  • les steaks hachés à la bactérie E.coli 2 (40 morts en Europe),
  • la viande avariée de Buffalo Grill,
  • les pastèques explosives chinoises dopées de produits chimiques,
  • la mozzarella au lait de bufflonne contaminée par de la dioxine,
  • etc.

 

Des arguments écologiques mais avant tout économiques

chalutierLa Commission, pour convaincre le retour nécessaire des farines animales, avance des arguments écologiques et économiques.

« Les farines animales amélioreront la durabilité à long terme du secteur de l’aquaculture, car ces PAT pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare”.

 

Dans le secteur de l’aquaculture, les poissions d’élevages sont nourris aux farines de poissons issues d’une pêche minotière. Pour 1 kilo de poissons d’élevage, il faut sacrifier 5 kilos de poissons sauvages. Les autorités européennes souhaitent réintroduire les farines animales, avec de nouvelles normes, pour préserver la ressource halieutique et soulager le secteur piscicole qui connaît une crise. La consommation mondiale de poisson explose et nourrir les poissons d’élevage revient très cher. Les farines de poissons peuvent atteindre jusqu’à 1800 euros la tonne.

Jean-Louis Peyraud :

« Après l’interdiction des farines animales, les aquaculteurs ont dû recourir à des farines de poisson, de soja ou à de l’huile de palme, ce qui a eu un coût environnemental élevé.

Techniquement et écologiquement, réutiliser ces sous-produits est un bon choix. Mais il existe un réel problème d’acceptabilité sociale. »

Les éleveurs de porcs et de volailles se réjouissent du retour des farines animales. Elles leur permettront de remplacer les céréales et le soja qui coûtent cher.

 

Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Agriculture :

« En autorisant les farines animales, l’Union européenne donne le sentiment de privilégier l’économie au détriment du consommateur. »

 

Aucune garantie pour identifier l’origine des espèces

En 2011, l’Agence française de sécurité alimentaire (Anses) avait pourtant donné un avis négatif  concernant la réintroduction des PAT. :

« Une parfaite étanchéité des filières produisant et utilisant les PAT, et la mise au point d’une méthode de détection et d’identification de ces produits permettant de caractériser l’espèce animale d’origine sont loin d’être garantis. »

Selon l’Anses, il est pour le moment impossible de garantir l’origine des PAT.

La France, qui a voté contre cette décision, s’oriente vers un label « sans farine animale » pour la filière piscicole française.

La ministre de l’Écologie Delphine Batho :

« Ce n’est pas dans la logique de la chaîne alimentaire que de donner de la viande à manger à des poissons. Il est très important que la filière piscicole française s’organise pour qu’il y ait un label « sans farine animale » qui puisse faire son apparition sur les étalages, pour dire aux consommateurs français : le poisson que vous achetez n’a pas été nourri avec de la viande. »

Stéphane Le Foll, ministre français de l’agriculture :

« On va s’organiser. Sans remettre en cause la décision européenne, la France peut très bien faire en sorte, avec un label, qu’on n’utilise pas » les farines animales. »

 

Sources :

lemonde.fr : Les farines animales rendent l’Europe folle
lesechos.fr : Bruxelles fait revenir les farines animales par la petite porte
liberation.fr : Farines animales : c’est du lard ou du poisson ?
fr.euronews.com : Le grand retour des farines animales en Europe
lemonde.fr : Concert d’indignation en France sur le retour des farines animales


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