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Le sucre, une douce traînée de poudre blanche toxique

Récemment, une publication parue dans la revue Nature avertissait que le sucre est aussi nuisible que l’alcool ou le tabac. Manger trop de sucre favoriserait l’apparition de maladies non transmissibles : obésité, cancers, diabète…

sucre

 

Les trois chercheurs de la revue Nature, Robert Lustig, Laura Schmidt et Claire Brindis, expliquent qu’une consommation excessive de certains sucres favorise les maladies comme l’hypertension, le diabète ou les cancers.

Ils suggèrent de taxer les boissons et les aliments qui contiennent du sucre ajouté et principalement le fructose, le grand coupable que l’on retrouve en grande quantité dans les sodas.
Ils recommandent aussi de diminuer le nombre de fast-foods dans les quartiers pauvres au profit des magasins primeurs ou des marchés proposant des produits frais.

Les trois chercheurs n’ont rien dévoilé. Ils ont simplement rappelé les faits et émis des recommandations. En comparant le sucre au tabac ou à l’alcool ils ont fait le buzz. Certains consommateurs sont peut-être allés plus loin que la brève info pour comprendre que seuls les « sucres » raffinés par l’homme sont à consommer avec grande modération.

Si nous devons réduire notre consommation de sucre, il est bon de différencier les bons des mauvais.

 

La grande confusion du terme sucre

sucre Saccharose

Le terme « sucre » est souvent employé à mauvais escient. Les médecins désignent les glucides comme des sucres en raison de leur goût sucré plus ou moins intense. Mais dans les publications scientifiques, les glucides restent des glucides et les sucres des sucres.

Le sucre est un aliment, un glucide (le saccharose) raffiné, issu de la canne à sucre ou de la betterave sucrière. Un pur produit inventé par l’homme dépourvu de ses vitamines, de ses minéraux et de ses protéines contrairement aux glucides que l’on retrouve naturellement dans les fruits, les légumes et le lait.
Les effets du sucre blanc (ou de table) sur l’organisme sont loin d’être aussi bénéfiques que ceux des glucides.

Cette confusion du mot sucre arrange bien les marchands de sucre blanc. De même lorsqu’ils certifient qu’il est un produit naturel. Ce n’est pas faux au même titre que l’héroïne.

Un petit tour d’horizon dans l’univers des sucres et des glucides s’impose pour se détourner de cette grande confusion.

 

Le glucose, dit le sucre du sang : notre carburant quotidien

glucoseNos cellules, nos muscles, notre cerveau ont besoin de glucides. Les glucides sont des éléments essentiels à notre organisme. Une fois digérés, ils se transforment en glucose, l’énergie nécessaire pour faire fonctionner les cellules de notre corps et particulièrement pour le cerveau et les muscles qui en sont très gourmands.

Le glucose est un élément clé du métabolisme chez toutes les plantes et de tous les animaux. Toujours présent dans notre sang, on l’appelle souvent « sucre du sang ». C’est le glucide de référence, composé d’une seule molécule.

 

Les glucides ou sucres naturellement présents dans les aliments

Les glucides sont classés en fonction du nombre de molécules qui les composent. Plus ils sont complexes plus ils sont long à digérer et la vitesse du passage du glucose dans le sang (indice glycémique) est lent.

Les glucides simples

Les glucides simples sont composés d’une ou deux molécules. Ils sont assimilés rapidement par l’organisme. Lorsque le corps a un besoin urgent en carburant, il utilise les sucres simples. Il suffit de faire un marathon pour comprendre qu’un apport de sucre rapide aide nos muscles à résister.

Exemples : le glucose, le galactose, le fructose (présent dans les fruits), le lactose (présent dans le lait), le maltose (dit le sucre de malt), le saccharose (présent dans les végétaux, mais raffiné on le nomme sucre blanc)…

Les glucides complexes

Les glucides complexes sont composés de plusieurs glucides simples accolés les uns aux autres. La complexité de leur structure fait que leur assimilation dans l’organisme est plus lente que les glucides simples. Avant d’être libérés sous forme de glucose, ils sont découpés par des enzymes. L’organisme les stocke et les utilise quand il en a besoin. Les sportifs en consomment énormément.

Exemples : l’amidon (contenu dans les céréales, les pommes de terre, les féculents ou légumes secs), le glycogène, la cellulose, les pectines…

 

Les glucides raffinés par l’homme ou les mauvais sucres

Le sucre blanc, une douce drogue

Jusqu’au XVe siècle, rares étaient les aliments très sucrés comme le miel ou le jus de canne. Ils se dégustaient avec grand plaisir et étaient réservés aux plus riches.

canne à Sucre

Ensuite Christophe Colomb importe la canne à sucre outre-Atlantique pour la cultiver et y extraire le saccharose.

 

 

 

betterave

 

 

En Europe c’est la betterave sucrière que l’on cultive.

 

C’est le succès et la consommation mondiale de sucre passe de 8 à 120 millions de tonnes au cours des 50 dernières années.

Pour obtenir ces drogues si douces, l’homme extrait la substance des végétaux composés principalement de saccharose, un glucide simple. Ensuite vient le raffinage qui comporte plusieurs traitements physiques (lavage, centrifugation, broyage, filtrage) et chimiques. Résultat, on obtient un sucre raffiné parfaitement blanc, du pur saccharose parfait pour la grande consommation.

D’autres végétaux comme l’érable, l’agave… produisent des substances majoritairement composées de saccharose. À la différence du saccharose de la canne à sucre ou de la betterave qui a l’état brut présente beaucoup d’impuretés, ils n’ont pas besoin d’être raffinés. Ils sont vendus sous forme de sirop.

Lorsque l’on parle de sucre il s’agit bien du saccharose pur. Raffiné, il est appelé sucre de table ou sucre blanc. Son goût si sucré et agréable en a fait une star de l’alimentation. Il est blanc, pur facile à conserver, mais dévitalisé, il est privé des protéines, fibres, vitamines, sels minéraux, oligo-éléments … tout comme les sirops raffinés.

 

Les sirops de fructose-glucose raffinés

sirop de glucose fructose

A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, on assiste à une surproduction de maïs. Au début des années 70, une partie de la production servira donc à produire du sirop de fructose-glucose.

Les sirops de fructose-glucose raffinés sont particulièrement visés par les trois scientifiques, car on les retrouve en grande quantité dans les sodas et l’alimentation industrielle. Ils sont préparés à partir de sirops de glucose (issus de l’amidon de maïs ou de blé).

Son pouvoir sucrant est aussi élevé que le saccharose mais, ses propriétés permettent aux industriels d’intensifier son goût sucré. Les grands groupes comme Coca Cola, Pepsi remplacent le sucre blanc au profit du sirop de fructose-glucose. Dans les années 80 il envahie l’alimentation industrielle.

Pendant des années les marchands de sucre ou de sirop raffiné ont vanté leurs bienfaits sur l’organisme. Les médecins, les diététiciens recommandent de manger du « sucre ». Mais, beaucoup de consommateurs confondent les sucres raffinés et les glucides présents naturellement dans les aliments.

Les sucres raffinés sont partout. L’industrie alimentaire en régale les consommateurs : sodas, bonbons, pâtes à tartiner, jus de fruit, barres chocolatés, plats préparés…
Il est très difficile de s’en passer, une vraie petite drogue douce qui apporte des calories vides et provoque des problèmes de santé.

 

Sucre raffiné et dépendance

Comme toute drogue il y a dépendance. Les sucres raffinés ne sont pas assimilés par l’organisme. Dévitalisés ils sont dépourvus de fibres qui permettent d’assimiler les aliments plus lentement. Ils arrivent directement dans le sang.

Trop consommer de sucre raffiné provoque donc une hyperglycémie. Le taux de glucose augmente brutalement dans le sang. Le pancréas secrète alors de l’insuline. Une hypoglycémie s’ensuit rapidement. Pour palier à cette baisse soudaine d’énergie, le corps réclame encore du sucre, le cerveau a faim. L’excès de sucre se traduit par une dépendance.

 

Sucre blanc et dégénérescence

Le raffinage prive le sucre blanc ou les sirops de leurs protéines, fibres, vitamines, sels minéraux, oligo-éléments…

Une consommation quotidienne de sucre raffiné entraîne un excès d’acidité. Pour être assimilé, le corps se sert directement dans ses réserves en magnésium, calcium… des éléments essentiels pour limiter l’excès d’acidité.

Les os et les dents qui contiennent du calcium se dégradent.
Les caries aiment se développer dans des milieux acides. Lorsqu’une personne consomme beaucoup de soda et cesse d’en boire, ses dents deviennent plus saines et son corps retrouve une apparence plus svelte.

Une étude sur le Coca Cola a démontré que les os se ramollissaient chez les enfants qui en consommaient beaucoup.

L’acidité déclenchée par l’excès de sucres raffinés provoque aussi des aigreurs d’estomac, des fermentations intestinales et perturbe la flore bactérienne. S’ensuit une fatigue chronique. Nous sommes alors plus sensibles au froid, à la chaleur, aux microbes…

Si le corps est saturé de glucose alors le surplus s’amasse sous forme d’acides gras dans le ventre, les fesses, les seins et les cuisses. Une fois les bourrelets remplis, les acides gras s’accumulent ensuite dans le cœur et les reins et tout fonctionne au ralenti.

Obésité, diabète, cancers, caries, maladies cardio-vasculaires, vieillissement accéléré… Les sucres raffinés appauvrissent notre organisme et nos défenses immunitaires.

 

Anecdote sucre raffiné et non raffiné

En 1921 au Panama, Sir Frederick Banting co-découvreur de l’insuline, remarque que chez les propriétaires de plantations de sucre, grands consommateurs de produits raffinés, le diabète est courant. Chez les coupeurs de canne indigènes, qui mâchent la canne à sucre brute, aucun diabète.

Outre les sucres raffinés (sucre blanc ou de table, sirop de glucose-fructose…) tous les produits raffinés telles que la farine blanche, les céréales vendues dans le commerce… sont des mauvais sucres.

Mais les vendeurs de sucre blancs ne le diront jamais. Depuis des décennies ils vantent les vertus de leurs produits raffinés. Il suffit de regarder les rayons de nos supermarchés ou les publicités des petits déjeuners destinés aux enfants : tartine avec farine blanche, céréales raffinées, jus d’orange industriel avec du sucre ajouté…

Au passage l’industrie pharmaceutique est ravie de cette avalanche de produits raffinés sur les marchés : les malades prolifèrent.

 

Les autorités sanitaires

En 2001 dans un ouvrage de l’Afssa sur les « Apports nutritionnels conseillés » pour la population française, une référence pour les médecins il est écrit :

Concernant le sur-poids : « Les différences de densité énergétique entre les glucides (sucres) et les lipides donnent aux premiers un avantage potentiel dans la régulation énergétique et le contrôle du poids.»
Traduction : les glucides ne font pas grossir et seraient bons pour la ligne.

Concernant le diabète : « Le rôle diabétogène des glucides et notamment du saccharose (le sucre blanc) est une croyance populaire très répandue, mais ne reposant sur aucune base scientifique. »

Ce n’est qu’en 2004 que l’Anses (ex-Afssa) estime que les sucres ajoutés seraient trop nombreux dans nos assiettes et qu’ils minent notre santé.

 

Les sucres raffinés aussi dangereux que l’alcool ou le tabac

Les trois scientifiques disent clairement que les sucres raffinés sont des drogues douces au même titre que l’alcool et le tabac.
L’alcool est produit à base de sucre transformé par l’homme.
Le tabac contient 5 à 10 % de sucre.
Les effets sont les mêmes que pour le sucre, le taux de glycémie augmente, la dépendance est là. Les personnes qui cessent de fumer ne prennent-elles pas du poids en se jetant sur les sucreries.
Les sucres ou  sirop raffinés sont dans la plupart des aliments industriels et particulièrement ceux qui réveillent l’appétit des enfants : sucrerie, gâteaux, glaces, sodas…

Les bons sucres dits sucres non raffinés sont des glucides que l’on retrouve naturellement dans l’alimentation :  les fruits, les céréales entières (riz non poli, blé complet, les légumes racines légumineuses (lentilles, fèves, pois chiches, haricots…).

Concernant le sucre de table, il est préférable de consommer du sucre roux et non raffiné. Méfiance, parfois certains sucres blancs sont colorés en brun.

Choisissez plutôt les produits « sans sucres ajoutés » et non raffinés.

 

Info supplémentaire sur des idées reçues : les sucres lents et rapides

La croyance populaire confond les sucres lents avec les aliments sans goût sucré ou contenant beaucoup de glucides complexes et les sucres rapides avec les aliments au goût très sucré.

Dans les sucres lents on classe : les pommes de terre, le pain, les céréales, les pâtes, etc.

Dans les sucres rapides on classe : les sodas, les fruits, les bonbons, etc.

Pourtant si on regarde de près l’indice glycémique de certains aliments dits sucres lents (c’est-à-dire la vitesse à laquelle le sucre passe dans le sang) la vérité est tout autre.
Plus l’indice glycémique est haut plus les sucres ou glucides arrivent rapidement dans le sang. Le glucose est le sucre de référence le plus rapide. Sa valeur est 100.

  • les pommes de terre cuites au four ou frites : 95,
  • les carottes cuites : 85 , carottes crues : 35,
  • les corn flakes : 85, céréales complètes sans sucre ajouté : 46,
  • la farine blanche pour le pain : 85,
  • lentilles : 31,
  • riz cuisson rapide : 90, riz sauvage : 35.

Tout dépend de la cuisson. Voir un tableau sur les indices glycémiques

 

Sources :
nature.com
amessi
> sans sucre.org
lanutrition.fr
ladocumentationfrancaise.fr
institut-benjamin-delessert.net
anses.fr


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