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Pesticides systémiques et la mort des abeilles

Depuis plus de vingt ans, la nouvelle génération d’insecticides dit systémiques s’est largement déployée dans les cultures. Depuis, les populations d’abeilles déclinent dans le monde entier.  Les consciences se réveillent enfin face à l’hécatombe et des rapports plombent l’ambiance en dénonçant les négligences des autorités sanitaires.

Pesticides systémiques et la mort des abeilles

80 % des espèces végétales dépendent de la pollinisation. La mort des abeilles a des conséquences dramatiques pour les écosystèmes et l’agriculture. Plusieurs études démontrent que la dernière génération de pesticides dits systémiques est nocive pour les abeilles même à faible dose. Des rapports remettent en cause les protocoles utilisés par les autorités sanitaires pour l’évaluation des risques des pesticides.

 

De l’arsenic au DDT

Dès l’Antiquité Pline recommande d’utiliser l’arsenic contre les insectes ravageurs. Au XIXe siècle, la chimique minérale se développe et avec, les pesticides comme la fameuse bouillie bordelaise (cuivre et chaux).

Avec l’effort déployé pour créer des armes chimiques lors des guerres mondiales, comme les gaz de combat, les pesticides chimiques d’origine organique prennent de l’essor. Dans les années 50, des insecticides comme le DDD et le DDT s’utilisent en agriculture, mais aussi en médecine pour lutter contre les insectes vecteurs de maladies comme la malaria ou le Paludisme.

De 1945 à 1985, l’usage des pesticides double tous les dix ans. En 1962, la biologiste américaine Rachel Carson est la première scientifique à dénoncer les conséquences des épandages au DDT sur la faune, la flore et les êtres humains, dans son ouvrage « Le printemps silencieux ».

Dans les années 70, le DDT, classé comme « cancérigène humain potentiel », est interdit dans la plupart des pays développés, mais perdure dans les pays tropicaux pour lutter contre les moustiques transmetteurs du paludisme.

Ce n’est qu’en 2009, que l’OMS décide de le bannir définitivement comprenant son inefficacité et sa dangerosité : une faible biodégradabilité, des effets toxiques à très faible dose et sa capacité à s’accumuler dans la chaîne alimentaire.

 

 

 

Les pesticides systémiques

pesticideLes pesticides de la famille des néonicotinoïdes et des phénylpyrazoles sont dits systémiques.

Ils ne sont pas pulvérisés sur la plante ou la terre, mais mélangés à une pâte qui enrobe la graine. Pendant toute sa croissance, la plante absorbe les molécules toxiques qui circulent directement dans la sève. Le nectar et le pollen sont contaminés de façon prolongée.

 

Abeille morteDepuis leur utilisation dans les années 90, des colonies d’abeilles se sont éteintes, contaminées par le pollen. Leur mortalité est passée de 5 % à 30 %. Les néonicotinoïdes agissent sur le système nerveux central des insectes. Les abeilles sont désorientées et ne retrouvent plus le chemin de la ruche.

Une étude de l’université de Padoue parue dans la revue Environmental Science and Technology, démontre que lors du semis les graines enrobées de pesticides, des millions de microparticules se libèrent dans l’atmosphère. Les abeilles, qui survolent les champs traités, sont contaminées.

Les chercheurs italiens constatent aussi que les gouttes d’eau issues du phénomène de « guttation (transpiration de la plante)  tuent en quelques minutes les abeilles. (à lire sur le site du syndicat apicole français l’UNAF)

 

 

Du Gaucho au Cruiser

En 1994, la firme Bayer vient de commercialiser son nouvel insecticide systémique, le Gaucho destiné aux semences de tournesol et de maïs. Les apiculteurs l’accusent d’être responsable de l’extinction de millions d’abeilles. En 1999, le Gaucho est interdit pour les semences de tournesols, une plante très appréciée par les abeilles.

Mais un nouveau pesticide prend le relais, le Régent TS, fabriqué par BASF. En 2004, le ministre de l’Agriculture, Hervé Gaymard suspend sa commercialisation, mais autorise l’utilisation des semis déjà acquis. Les apiculteurs sont consternés.

Aujourd’hui, le Cruiser du fabricant suisse Syngenta, est la nouvelle cible des apiculteurs. Depuis 2008, son utilisation est autorisée en France. Marco Lodesani, coordinateur du programme de surveillance et de recherche en apiculture APENET, constate que sous l’effet du Cruiser, les abeilles « perdent la perception des couleurs et même la mémoire des odeurs ».

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll vient d’interdire la commercialisation en juillet 2012 d’une de ses variétés, le Cruiser OSR, utilisé  pour le colza. Par contre, il n’est pas interdit pour la culture du maïs.

 

Des tests d’évaluations remise en cause

efsaEn mai 2012, l’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, mandatée par la communauté Européenne, rapporte que les protocoles utilisés pour l’évaluation des risques des pesticides sont inadaptés aux pesticides dits systémiques. Pourtant, depuis les années 2000, les apiculteurs alertent sur les failles des évaluations des risques des pesticides sur l’environnement et la santé humaine.

Ces lacunes sont le résultat des conflits d’intérêts qui orientent les tests d’évaluation.

En France, par exemple, en 2010, les nouveaux standards d’évaluation sont menées par une écotoxicologue de la Direction générale de l’alimentation du ministère de l’agriculture, anciennement employée de Syngenta (ex-Novartsi) et aujourd’hui en poste chez l’agrochimiste Dow Agrosciences.

Lire : La faillite de l’évaluation des pesticides sur les abeilles du Journal Le Monde

La même année, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) rend un avis favorable à la mise sur le marché du Cruiser fabriqué par Syngenta. Le problème, c’est que l’Anses se base sur une cinquantaine d’études très complètes mais financées principalement par Syngenta. En 2012, une étude réalisée par les chercheurs français démontre la nocivité du Cruiser sur les abeilles. L’Anses retourne sa veste et recommande de poursuivre les tests d’évaluation.

Bien que Stéphane Le Foll ait interdit cet été l’utilisation du Cruiser ORS, son fabriquant,  Syngenta, refuse cette décision et s’appuie sur un règlement européen de 2009 instaurant la libre circulation de semences traitées.

 

Un plan stratégique pour l’abeille

INRAL’INRA dans son rapport ecophyto R&D « Quelles voies pour réduire l’usage des pesticides » indique qu’il possible de diminuer de 30 % l’utilisation des pesticides sans ruiner les agriculteurs. Il précise aussi que les objectifs déterminés lors du Grenelle de l’environnement c’est-à-dire réduire de moitié les pesticides, impliquerait un changement radical des systèmes de production.

Lors du premier Congrès Européen de l’Apiculture en octobre 2012 à Agen, Stéphane Le Foll annonce pour début 2013 « un plan stratégique pour l’abeille ».

« Nous nous réjouissons des engagements pris par Stéphane Le Foll, ministre de  l’Agriculture dans un contexte extrêmement difficile pour les apiculteurs français qui connaissent des mortalités annuelles moyennes de 30 % voire plus dans certaines régions » : souligne Olivier Belval, Président de l’UNAF.

Les chercheurs de l’Inra et du CNRS précisent que 35 % de la production mondiale de nourriture serait lié aux pollinisateurs. Si les pollinisateurs disparaissent, il serait impossible d’égaler la production mondiale actuelle.

Pétition du Réseau de conservatoires abeilles et pollinisateurs, Pollinis lance une pétition pour interdiction des insecticides néonictinoîdes en France et la révision des procédures d’évaluation des pesticides.

 

 

La beauté de la pollinisation

 

 

Sources :

lemonde.fr : La faillite de l’évaluation des pesticides sur les abeilles
notre-planete.info : Abeilles et pesticide cruiser : les étranges évaluations des autorités sanitaires
sciencemag.org : Domaine de recherche sur les abeilles suscite des inquiétudes quant à faible dose pesticides
> Sénat.fr : Pesticides : vers le risque zéro
> INRA : Quelles voies pour réduire l’usage des pesticides
unaf-apiculture.info : Premier Congrès Européen de l’Apiculture : un succès pour l’Apiculture !
sciencesetavenir.nouvelobs.com : Des avancées pour les abeilles, mais des luttes à venir contre l’agrochimie
robin.blog.arte.tv : Le DDT: un poison persistant banni par l’OMS
> futura-sciences.com : L’insecticide Cruiser : une menace de plus pour les abeilles ?
> Convention de Stockholm : Un grand pas en avant vers un monde sans DDT


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