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Surconsommation des ressources naturelles, pour combien de temps ?

Nous sommes déjà dans l’ère de la rareté et pourtant c’est la dictature de l’abondance et du tout jetable qui règne. Plusieurs rapports démontrent que si l’inaction des gouvernements perdure, les seuils critiques seront bientôt atteints. Malgré ces multiples alertes, le sommet de Rio +20 à Janeiro s’est conclu par des promesses.

ressource Naturelle

 

En 2050 nous seront 9 voire 10 milliards d’être humains sur Terre. Nous aspirons tous à satisfaire nos besoins, mais à quel prix ? Depuis 1996, notre demande en ressources naturelles pour combler notre bien- être a doublé. Aujourd’hui nous consommons une planète et demi. Si l’inaction des gouvernements se poursuit, nous aurons besoin de deux planètes en 2030.

 

Les sommets de la Terre

sommet de la TerreEn 1972 à Stockholm, lors du premier sommet de la Terre, les questions écologiques sont au centre des préoccupations internationales. Rien de significatif mais les gouvernements s’engagent à se rencontrer tous les dix ans. C’est le commencement d’un dialogue entre pays industrialisés et pays en voie de développement sur une approche liant l’économie et l’écologie.

 

En avril 1987, le rapport Brundtland, baptisé « Notre avenir à tous », propose une définition du développement durable et les moyens d’y parvenir :

« Le développement durable est un mode de développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. »

Il popularise l’expression de « développement durable. » Ses conclusions sont utilisées comme base au sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992

 

En 1992, le troisième sommet de la Terre de Rio, est porteur d’un message d’enthousiasme de la part des états. C’est le plus grand rassemblement sur l’environnement et le développement avec la participation d’une centaine de pays.

Les gouvernements passent de l’indifférence à la conscience de la finitude de ses ressources. La notion de développement durable s’inscrit dans les textes. Le sommet de Rio signe l’Agenda 21, un plan d’action pour le XXIe siècle concernant le changement climatique, la protection de la biodiversité et la lutte contre la désertification.

 

Un bilan alarmant

geo5 rio +20

Le rapport Geo-5 du Programme des Nations unies pour l’environnement, dresse le bilan de l’Agenda 21 adopté lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992.
Publié la veille du Sommet de la Terre 2012, il démontre que les gouvernements sont passés de la conscience à l’impuissance.

Sur 90 objectifs fixés en 1992 seulement quatre ont enregistré des progrès significatifs :

  • la suppression des substances appauvrissant la couche d’ozone,
  • l’élimination du plomb dans les carburants,
  • le renforcement de l’accès à un approvisionnement en eau de meilleure qualité,
  • la promotion de la recherche en matière de lutte contre la pollution marine.

D’autres objectifs n’ont pas été à la hauteur des discours : les émissions de gaz à effet de serre devraient doubler, les ressources halieutiques continuent de s’amoindrir, la qualité des eaux souterraines se dégradent, comme la protection des récifs coralliens, etc.

Le rapport Geo 5 alerte sur les conséquences de l’inaction :

« A moins que l’humanité ne change immédiatement de cap, des seuils critiques seront bientôt atteints au-delà desquels des changements brusques et irréversibles peuvent survenir, qui affecteraient les fonctions vitales de notre planète« .

 

Gro Harle Brundtland, initiatrice du rapport Brundtland explique : « Si ce qui avait été décidé à Rio en 1992 avait été mis en application, nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui. »

 

 

Vers une économie verte

sommet de la Terre Rio +20

En 2012, lors du sommet de la Terre à Rio, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon déclare :

« Rio+20 nous donne une chance unique de corriger les choses, de créer un nouveau modèle pour un nouveau chemin qui concilie les impératifs d’une croissance forte et du développement économique avec les dimensions sociales et environnementales d’une prospérité durable. »

« Maintenant, il est temps d’agir, a-t-il encore exhorté. Ne laissons pas nos enfants et petits-enfants convoquer un Rio+40 ou un Rio+60. »

 

La Conférence de Rio en juin 2012 se base sur le rapport du PNUE Vers une économie verte : pour un développement durable et une éradication de la pauvreté.

économie Verte

L’économie verte selon le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement) est :

« une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l’équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources. Elle se caractérise par un faible taux d’émission de carbone, l’utilisation rationnelle des ressources, l’inclusion sociale. Plus respectueuse, elle générerait plus de croissance que le système actuel. »

A la fin des pourparlers, le texte ratifié, L‘avenir que nous voulons, évoque effectivement une économie verte mais qui donne un rôle majeur aux entreprises.

Le texte renforce aussi les instances de la protection de la Terre mais sans créer une organisation mondiale de l’environnement. Les objectifs du développement durable, quant à eux, seront exposés en 2013. Toujours des promesses selon les ONG qui déclarent :  « Dans l’avenir que nous voulons, il y a de l’engagement et de l’action, pas seulement des promesses. »

Lucia Ortiz, coordinatrice du programme sur la Justice économique des Amis de la Terre International explique :

« Seuls les intérêts des multinationales prévalent. L’accord prévoit même que des pays puissent vendre leur capital naturel  à de grandes entreprises internationales, sans le moindre règlement exigeant que ces entreprises puissent être tenues responsables des dégâts qu’elles causent. »

Un rapport des Amis de la Terre démontre les interactions entre l’ONU et les multinationales :

« Il est inacceptable que des entreprises telles que Shell, qui provoquent des pollutions massives et violent les droits de l’Homme, soient aux commandes des processus de décision sur le développement durable. Ça nous mène tout droit à la catastrophe pour notre planète et pour les peuples. Les entreprises polluantes ne devraient pas aider à faire les lois, elles devraient y être soumises. »

 

Les pays émergents (Brésil, Chine, Inde, etc.) semblent avoir donné le tempo. Par crainte de voir apparaître un protectionniste des pays riches, ils ont réussi à imposer des règles sans contraintes et le respect de la souveraineté nationale des pays.

« Nous déclarons que chaque pays dispose, en fonction de ses circonstances et de ses priorités nationales, d’une diversité d’approches, de visions, de modèles et d’outils pour parvenir au développement durable.« 

Quant au financement de la transition vers une énergie verte, le Rio+20 se tourne vers les entreprises, les partenariats, etc. Les pays riches en pleine crise économique, ne peuvent pas investir.

Pour les organisations non gouvernementales qui ont tenté de mettre la pression, le sommet de la Terre 2012 est un pur désastre : aucun objectif contraignant et aucun financement.
Kumi Naidoo, directeur général de Greenpeace International déclare « on remet en ordre les fauteuils sur le pont du Titanic alors qu’il est en train de sombrer« .

 

Un vieux modèle économique

Ban Ki-Moon déclare lors de la Conférence de Rio 2012 :

« Nous reconnaissons que le vieux modèle de développement économique et de progrès social ne marche plus« 

mondialisation

Notre bon vieux système économique repousse les limites de la finitude des ressources naturelles. La mondialisation économique actuelle, apparue au cours des dernières années du XXème, a permis la mise en place d’un marché à l’échelle planétaire. Les échanges se sont accélérés encourageant les transports, la surconsommation, le gaspillage, la dégradation en crescendo des ressources naturelles, du climat, l’augmentation de la pollution,etc.

Les règles du marché sont dictées par la Triade (États-Unis, Canada et Mexique ; l’Union européenne ; le Japon et les Nouveaux Pays Industrialisés comme la Corée du Sud et Singapour. Ces pays contrôlent près de 80 % des échanges dans le monde.

Les pays émergents (Brésil, Inde, Chine, Rusie, etc.), deviennent des acteurs de plus en plus sérieux. Lors du Sommet de La Terre de la semaine dernière, leur parole a pesé sur les décisions finales. Ils ne veulent pas d’une économie verte qui avantagerait les pays riches qui risquent de prendre des mesures commerciales protectionnistes. Ils craignent pour leur compétitivité.

Pour la Bolivie, le Venezuela et Cuba, cette économie verte n’est qu’une mascarade de plus qui autorise de vendre le vivant. La Bolivie souligne que les pays riches devraient plutôt freiner leur surconsommation et par là leur surexploitation des ressources naturelles.

« le Président bolivien, Evo Morales, a estimé que la croissance verte était un nouveau modèle colonialiste qui n’avait d’autre but que d’amener les peuples et gouvernements anti-impérialistes et anticapitalistes à justifier les pillages et la destruction de civilisations millénaires. Il s’est étonné que les plus grands pollueurs s’activent aujourd’hui à imposer des normes environnementales contraignantes aux pays en développement dont la part dans les émissions de gaz à effet de serre est infime. »

 

Déséquilibre entre pays riches et pays pauvres

Dans le rapport Planète vivante 2012, édité tous les deux ans, WWF montre que l’empreinte écologique des pays à haut revenus est cinq fois supérieure à celle pays à bas revenus.

empreinte Ecologique

 

Graphisme tiré du Rapport Planète Vivante 2012 de WWF

WWF mesure l’empreinte écologique pour évaluer la pression exercée par l’humanité sur la biosphère en comparant sa consommation à sa biocapacité (capacités de régénération de la Terre). Cette dernière correspond à  la surface de terre et du volume d’eau nécessaires pour produire les ressources renouvelables consommées par une population et absorber le dioxyde de carbone rejeté.

Extrait du Rapport Planète vivante 2012

« Une Empreinte écologique très variable d’un pays à l’autre

Si chaque être humain adoptait le mode de vie d’un indonésien, nous aurions besoin de deux-tièrs de notre planète Terre ; si l’on prenait pour référence un Argentin moyen, une demi-planète supplémentaire serait nécessaire pour couvrir la totalité des besoins humains ; enfin, si chacun des habitants du globe consommait autant qu’un Américain moyen, pas moins de quatre Terres seraient nécessaires pour pouvoir régénérer les besoins annuels de l’humanité. »

 

Les pays riches sont les plus grands consommateurs de ressources naturelles. La demande des pays émergents s’accélère. La pression sur les pays les moins favorisés s’intensifie. Par exemple, l’acquisition des terres par des investisseurs étrangers est équivalente à la superficie de l’Europe. Avec ses nouvelles terres agricoles, ils s’assurent de pouvoir développer leur production.

 

 Les ressources naturelles ont leur limite

ressource NaturelleLes besoins en ressources ne vont pas s’arrêter sachant que le nombre de consommateurs appartenant aux classes moyennes progressera de 3 milliards dans les 20 prochaines années et que notre modèle économique favorise la surconsommation.

Selon le rapport  Pour l’avenir des hommes et de la planète : choisir la résilience, commandé par Ban Ki Moon Secrétaire général des Nations unies :

« D’ici à 2030, les besoins alimentaires augmenteront de près de 50 %, ceux en énergie de 45 % et ceux en eau de 30 %, en une période où les contraintes du milieu naturel réduisent de plus en plus l’offre. Cela est vrai en particulier des changements climatiques, qui ont une incidence sur tous les aspects de la santé humaine et planétaire. »

 

Dans son rapport sur ses « Perspectives de l’environnement à l’horizon 2050 » l’ OCDE explique : « La croissance économique et démographique s’effectue à un rythme plus soutenu que la réduction des dégradations environnementales »

Selon les perspectives de l’OCDE si aucune action n’est menée,

« la dégradation et l’érosion de notre capital environnemental naturel risquent de se poursuivre jusqu’en 2050, entraînant des changements irréversibles qui pourraient mettre en péril les acquis de deux siècles d’amélioration des niveaux de vie. »

Les perturbations liées au changement climatique iront en s’aggravant, la biodiversité continuera à s’appauvrir d’ici 2050, la superficie des forêts diminuera, une pression accrue s’exercera sur les ressources disponibles en eau douce, la pollution atmosphérique deviendra la principale cause environnementale de décès prématurés à l’échelle mondiale, etc.

Les ressources naturelles (les forêts, les zones de pêche, les rivières, les terres cultivées…) ne sont pas inépuisables. Pour exemple, depuis le début de mai 2012, les ressources de poissons de la France sont épuisées selon un rapport de la New economics foundation (Nef) et Ocean2012 . Si nous dépendions seulement de nos mers, nos assiettes seraient vides

 

 

biodiversiteLe modèle de développement mondial actuel n’est pas viable. Les seuils environnementaux sont mis à mal. Il épuise les écosystèmes. Selon le rapport Planète vivante du WWF,

« Entre 1970 et 2008, la biodiversité a chuté de 30% à l’échelle du globe et de 60% sous les Tropiques.

Les régions riches en biodiversité procurent d’importants services écosystémiques, tel que le stokage du carbone, le bois-énergie, l’approvisionnement en eau douce et les ressources halieutiques marines. L’érosion de la biodiversité touche tout d’abord les individus les plus pauvres du globe. »

La mondialisation a favorisé la surconsommation, devenue un modèle social des pays riches. Elle s’accélère avec l’émergence des pays en voie de développement et l’augmentation de la population des classes moyennes. Ce modèle de croissance pousse à produire et jeter toujours plus. Les produits sont de moins en moins résistant et partent rapidement à la poubelle. Bien souvent ce sont les pays pauvres qui récupèrent les déchets des pays riches. Les industriels sont assez ingénieux pour créer des besoins et produire encore et encore.

Le 28 juin 2012, France 5 diffuse un documentaire sur le « Scandale du gaspillage alimentaire. »  Marie-Pierre Raimbault enquête sur l’hyperconsommation en France.

 

Petite détente

Extraits de la Belle verte, film français de Coline Serreau sorti en 1996.



 

Sources :

actu-environnement
oecd
> wwf
unep.org : une économie verte
un.org Pour l’avenir des hommes et de la planète : choisir la résilience
uncsd2012.org : Sommet de la Terre Rio+20
senat.fr : Rio plus 20 : l’émergence d’un nouveau monde
senat.fr : Mondialisation et environnement
diplomatie.gouv.fr : Rapport Brundtland


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