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Thons rouges en danger : Les ventes sont trois fois supérieures aux captures de poissons déclarées

En 2010, 13.500 tonnes de thons rouges ont été capturés, selon les chiffres fournis par les pêcheurs. Les ventes se sont élevées à plus de 35.000 tonnes dans le même temps. Comment expliquer cet écart entre les quantités pêchées et celles commercialisées ?

Sur-pêche illégale, fraude, appât du gain…

Thon Rouge

 

Le thon rouge, une espèce extrêmement menacée

Thons rouges

Thunnus thynnus (giant bluefin tuna) - thon rouge. Crédit photo : Alexandre Dulaunoy - Flickr

Le thon rouge est un poisson dont la survie de l’espèce est en grand danger selon la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (Cicta), composée de 48 pays. Ce poisson très recherché pour sa chair rouge, est victime d’une sur-pêche importante due à une augmentation de la consommation qui explose dans les pays occidentaux depuis trente ans.

Des quotas ont été mis en place pour limiter les prélèvements sur les populations naturelles afin de conserver une population suffisante pour assurer la reproduction et la survie de l’espèce. La Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique a aussi instauré en 2006 un plan de reconstitution du stock de thons rouges sur quinze ans en Atlantique Est et en Méditerranée.

  • La quantité de thons rouges capturés est limitée : 25.500 tonnes pour 2010,
  • Interdiction de la pêche à la senne (responsable des plus grosses captures) entre le 1er juillet et le 31 décembre
  • Les poissons capturés doivent peser plus de trente kilos
  • La taille des filets est réglementée
  • Le maintient de l’interdiction de la pêche avec les filets dérivants interdits depuis 2003
  • L’obligation d’accompagner le thon rouge entrant sur le marché d’un certificat intitulé Bluefin Tuna Statistical, comportant la zone de capture, le pavillon du bateau de pêche, le port de départ… pour lutter contre les captures illégales ou non déclarées.


Une fraude massive organisée

Toutes ces mesures ont permis de faire diminuer les quantités de thons rouges capturés. Pourtant, l’écart observé par l’ONG américaine Pew Environment Group entre les thons pêchés et ceux commercialisés, met en évidence des pratiques peu scrupuleuses.

Le thon est victime de :

  • pêche illégale,
  • commerce illicite,
  • falsification de documents pour la vente,
  • trafic et revente en mer,
  • rachats de quotas,
  • puissance des bateaux sous déclarée…

Les chiffres parlent d’eux mêmes. Entre 1998 et 2010, c’est plus de 100.000 tonnes de poissons qui ont été mis illégalement sur le marché. Les rapports officiels des captures de la Cicta annoncent 395.550 tonnes de thons rouges capturés, alors que les quantités réellement commercialisées seraient de 490.000 tonnes. Chercher l’erreur.

 

« Pour régler les problèmes de fraude, la Cicta a formé un groupe de travail dont l’objectif est d’élaborer d’ici la saison 2012, un système BCD électronique permettant de déclarer de manière plus précise et avec le moins de retard possible les données de capture.  » En novembre 2010, des informations essentielles manquaient encore dans la base de données BCD de l’ICCAT [Cicta] pour 75 % des captures réalisées en 2008 et 2009 par des senneurs »

L’Italie est largement pointée du doigt pour ses pratiques de pêche aux filets dérivants.

« Le 29 septembre dernier, l’UE a ainsi annoncé une seconde procédure d’infraction à l’encontre de l’Italie qui a deux mois pour prendre des mesures significatives pour démontrer l’implication de son gouvernement dans la lutte contre les filets dérivants. Dans le cas contraire, le pays pourrait se voir infliger une amende allant jusqu’à 120 millions d’euros. »

Le Pew Environment Group estime que cela ne suffit pas. Il souhaiterait voir tous les navires impliqués dans ce type de pêche, placés sur une liste noire, leur interdisant ainsi le débarquement de tous les thons rouges capturés.

 

« Les fermes d’engraissement »

Un autre point vient noircir le tableau du thon rouge : « Les fermes d’engraissement » des thons apparues dans les années 90. L’élevage de thons, en aquaculture ne fonctionne pas. Mais il est possible de les engraisser lorsqu’ils sont capturés jeunes et enfermés dans d’immenses cages flottantes. Autorisées et soumises aux quotas, ces « fermes de grossissement » sont soupçonnées de mettre sur le marché beaucoup plus de poissons qu’elles n’en déclarent. Sans compter les problèmes écologiques que cela pose. Pour faire grossir un thon rouge d’un kilo, il faut quinze à vingt kilos de poissons fourrage ! Les thons en captivité ne peuvent plus se reproduire.

 

 

Selon un rapport de SupAgro de Montpellier, réalisé en mars 2008,

« On compte aujourd’hui 58 fermes en Méditerranée avec une capacité cumulée de 51 000 tonnes, ce qui dépasse de 60 % le TAC fixé par la CICTA. En effet le seuil de rentabilité d’une ferme est défini à 600 tonnes par an, ce qui dépasse déjà le quota annuel de capture pour la totalité des fermes. En réalité, on estime que l’existence de cages clandestines porte à 800-1000 tonnes par an la capacité des fermes. Cela met en évidence un manque de contrôle sur les quantités de thons rouges pêchées pour l’élevage ».

 

Sans régulation stricte, la survie du thon rouge est menacée

L’idée d’un moratoire sur la pêche du thon rouge a été évoqué mais, n’est pas à l’ordre du jour. Les deux grands ports thoniers français, Sète et Marseille, le verraient d’un très mauvais œil.

Malgré la fraude nettement visible, l’absence d’application des mesures visant à protéger le thon rouge, pose le problème d’une vision économique à court terme. Les lobbys des gros armateurs et des thoniers sont puissants. Le thon rouge est en grand danger. Et si la solution venait de la responsabilisation des consommateurs qui rationaliseraient la pêche en diminuant leur demande.

 

Sources :
> www.goodplanet.info
> www.pewenvironment.org
> www.laprovence.com
> www.marsactu.fr
> www.actu-environnement.com
> www.museum.agropolis.fr


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