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Un an après, le scandale des boues rouges plane toujours sur la Hongrie. Et en France ?

Il y a tout juste un an, le 4 octobre 2010, un accident industriel est à l’origine d’une coulée de boues rouges meurtrière dans l’ouest de la Hongrie. Une catastrophe majeure rendue possible par le gouvernement hongrois. La Hongrie n’est pas la seule. D’autres pays comme la France continuent de rejeter délibérément des boues rouges dans l’environnement.

Le scandale des boues rouges en Hongrie et en France

Une catastrophe humaine et écologique

La digue qui ceinture le bassin de boues rouges, de l’usine de bauxite aluminium Magyar Aluminium Zrt d’Ajka en Hongrie vient de céder. Une coulée de boues toxiques, meurtrière, engloutie plusieurs villages, laissant derrière elle onze morts et une centaine de blessés. C’était le 4 octobre 2010.

« Au-delà de la tragédie humaine, cet accident industriel a détruit la faune et la végétation sur un périmètre de huit cents hectares, et provoqué l’extinction complète de la vie dans les cours d’eau avoisinants, parmi lesquels plusieurs affluents du Danube. »

Trajet de la coulée de boue du 4 octobre 2010

Vue satellitaire (NASA) du trajet de la coulée de boue du 4 octobre 2010

Pourtant, les autorités hongroises connaissaient les risques du stockage des trente millions de tonnes de boues rouges accumulées depuis plusieurs décennies. Les installations devaient être modernisées, mais ce ne fut jamais le cas. Les amendes sont trop peu dissuasives. Selon Le Monde diplomatique, l’entreprise responsable de la catastrophe a été condamnée à payer 3.500 euros d’amende pour non respect des obligations de mises aux normes.

 

Les autorités hongroises continuent d’ignorer les risques

Depuis un an, l’ensemble de la zone a été « nettoyée », certains villages ont été reconstruits. Comme au moment de la catastrophe, le gouvernement hongrois continue de minimiser l’impact humain et écologique de cette catastrophe. Il s’appuie sur des chiffres erronés en ce qui concerne la pollution. On y retrouve pourtant des concentrations d’arsenic, de plomb, d’aluminium, de chrome… très élevées.

« Cherchant à démontrer l’innocuité des substances libérées lors de la catastrophe, les autorités hongroises ont avancé des chiffres et des explications à la fois erronés et contradictoires. Le 5 octobre, le ministère de la santé explique que le seuil de toxicité légal n’a pas été atteint ; ses conclusions s’appuient sur un pH de 11,8 mesuré en… 1987. »

 

 

L’usine de bauxite aluminium Magyar Aluminium Zrt a été condamnée à payer une amende de 472 millions d’euros. Mais elle refuse de payer faisant planer le spectre du chômage de 6000 salariés. Le gouvernement ne veut pas sévir.

« Le secrétaire d’État à l’Environnement, Zoltan Illés, explique (qu’)il est dans l’intérêt du gouvernement hongrois que cette compagnie, privée ou nationalisée, continue à tourner pour deux raisons : primo, les 6.000 emplois qu’elle assure, secondo, sa part de marché à l‘échelle européenne et mondiale, qui est de 4%. »

Depuis, aucune mesure n’a été prise pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise plus.

Plusieurs pays comme la Grèce ou le Japon rejetaient leurs boues rouges dans les eaux des mers et des océans, il y a encore quelques années. Depuis ils ont mis un terme à cette pratique.

 

Des boues rouges issues de la production industrielle chez nous aussi ?

La fosse de Cassidaigne près de Cassis

La fosse de Cassidaigne près de Cassis - Cliché : Spiridon Manoliu - Wikimedia Common

La France bénéficie toujours d’une dérogation jusqu’en 2015…

Vous connaissez la fosse de Cassidaigne, en pleine Mer Méditerannée à quelques kilomètres du port de Cassis, entre Marseille et La Ciotat ? Et bien, c’est la plus grande décharge industrielle d’Europe, le lieu de stockage depuis 1966, des boues rouges de l’usine du groupe Peychiney implantée à Gardanne au sud d’Aix-en-Provence.

80 % des boues rouges issues de la production d’alumine, à partir de la bauxite, emprunte une énorme canalisation d’une cinquantaine de kilomètres, d’abord enterrée puis sous-marine, pour finir à sept kilomètres des côtes, dans la fosse de Cassidaigne par 320 mètres de fond.

L'usine d'alumine Pechinay de Gardanne

L'usine d'alumine Pechinay de Gardanne. Source de l'image - Des boues rouges dans le parc des Calanques : un scandale écologique ? www.marsactu.fr

L’usine Peychiney de Gardanne assure respecter la réglementation française. Il a pourtant le triste record du plus gros pollueur maritime de France. Et l’État français a toujours tranché en faveur de l’industriel, renouvelant à chaque fois l’autorisation d’occupation du domaine maritime et le stockage de ses déchets. Cette autorisation prendra fin en 2015 clôturant plus de 40 ans de rejets de produits polluants dans la Méditerranée. Dans les années 1980, c’est plus d’un million de tonnes par an qui ont été rejetées. En 2010, cela représentait encore 250.000 tonnes.

Sur Wikipedia, on peut lire la composition des boues rouges rejetées en 2001 par le site de Gardanne.

En 2001, l’usine a par exemple rejeté sous forme de 304.000 t de boues rouges ;

  • 22.000 t de résidus d’aluminium,
  • 93.000 t de fer,
  • 19.000 t de titane,
  • 613 t de chrome,
  • 26 t de zinc,
  • 17 t de plomb,
  • 9 t de cuivre,
  • 7 t de nickel,
  • 206 kg d’arsenic
  • du vanadium et peut-être d’autres métaux (mercure ?)
Le Cap Canaille près de Cassis

Le Cap Canaille près de Cassis, une zone à risque sismique - Cliché : Stephane Deneits - Wikimedia Commons

Les boues stockées dans la Méditerranée représentent un vrai danger pour l’écosystème marin. Elles présentent un fort enrichissement en fer, en titane et trois produits toxiques principaux comme le chrome, le vanadium et le plomb rentrent dans leurs compositions. Des particules fines peuvent se mettre en suspension dans l’eau et produire des effets très toxiques sur la faune sous marine et sur la qualité de l’eau. La remise en suspension des éléments accumulés depuis 40 ans n’est pas à exclure. La fosse de Cassidaigne est située sur une zone sismique, avec de fréquents glissements de terrain sous-marins.

Selon le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), l’Ifremer et le Plan séisme français,

« L’effondrement de la partie terrestre ou sous-marine d’une telle structure générerait un tsunami et une onde de fond capable de remettre en suspension d’énormes quantité de particules fines issues de la décharge sous-marine de l’usine Pechiney/Rio Tinto Alcan. »

 

Le rejet de boues rouges en mer, une histoire ancienne

En recherchant des informations sur ces fameuses boues rouges, j’ai retrouvé un document* sur le site de l’Institut national de l’audiovisuel intitulé « Les boues rouges en Corse ». C’est un reportage de l’émission télévisée « La France défigurée » du 21 janvier 1973. Une pollution énorme par les rejets journaliers, à 60 kilomètres du Cap Corse, de 2.500 tonnes d’oxydes de fer, d’acide sulfurique et de résidus de l’exploitation de bioxyde de titane par une firme italienne.

*L’Ina attire l’attention sur la qualité du reportage, un problème technique empêche le visionnage du début du reportage.

 

 

Dans le reportage, on parle déjà d’accords internationaux visant à faire cesser de tels rejets dans tous les pays. Comment peut-on expliquer que la France mette plus de 40 ans pour enfin prendre la décision d’arrêter ce qu’on peut désormais appeler un vrai scandale ?

Sources :
> www.hu-lala.org
> www.monde-diplomatique.fr
> www.maxisciences.com
> fr.wikipedia.org/wiki/Fosse_de_Cassidaigne
> www.marsactu.fr
> www.planetebleue.info
> www.ina.fr